28/05/2018

Solidarité ou Liberté ?

Dieu que cette votation sur la modification de la loi sur les jeux d’argent est intéressante. Tout y est; le vice qui paie pour la vertu, une confrontation parfaitement inégale entre un ultra libéralisme mondialisé symbolisé par Internet et des sociétés d’utilité publique régionales et donc ce choix déchirant entre la Solidarité et la Liberté.

 

Car si la prostitution est considérée comme le plus vieux métier du monde, il apparait que depuis toujours les hommes ont également adoré parier. Que cela soit sur des combats (entre humains et/ou entre animaux), sur des concours d’adresse ou de vitesse; les jeux et les paris qui y sont associés ont toujours été considérés comme pratiquement aussi essentiels à l’existence que notre pain quotidien. « Panem et circenses » (du pain et des jeux) disait-on déjà aux temps de l’empire Romain.

 

Une fois cette réalité admise, reste alors à prévenir les dérives de ce qui peut vite devenir un vice mais aussi à s’organiser pour que les gains importants qui découlent du jeu profitent à la communauté. C’est ce que notre pays est parvenu à mettre en place depuis des années et cela semble contenter une grande majorité de nos citoyens.

De là à convaincre (comme la nouvelle loi le prévoit) les sociétés de jeux en ligne étrangères (sûrement désireuses de conserver leur clientèle suisse à haut pouvoir d’achat) de se conformer aux règles et usages de notre pays, cela semble plutôt mal parti.

 

Nous sommes en effet au 21ème siècle sur une planète où l’économie est toujours plus globalisée et où nous communiquons, achetons, vendons, apprenons, jouons et partageons avec le monde entier en quelques clics...

En fonction du caractère immuable des jeux d’argents, ceux-ci n’échappent évidemment pas à l’avidité de ces milliers d’entrepreneurs qui ont compris que, désormais, l’avenir du « business » est bien là, dans ce monde virtuel en perpétuelle expansion.

D’ailleurs la technologie évolue tellement vite qu’il suffira de faire sortir ces jeux d’argent étrangers par la porte pour que, demain, ils parviennent à rentrer par la fenêtre ou par la cheminée.

 

Cette situation signifie-t-elle alors la fin de la Loterie Romande ?

Est-ce qu’il va falloir mettre un terme au financement des clubs de sports, des troupes de théâtres, des artistes et autres associations qui survivent grâce à cette société d’utilité publique ? Cela se pourrait bien même si, en derniers recours, Dieu soit loué, c’est bien le citoyen/consommateur qui décide quels types de produits il veut consommer.

 

C’est donc face à ces dilemmes que les Suisses font face;

Est-ce que cette Solidarité nationale organisée autour des jeux d’argent est trop essentielle à notre qualité de vie pour être remise en question ou est-ce que cette façon d’encourager une certaine élévation intellectuelle et physique serait malheureusement devenue .... anachronique ?

 

Faut-il défendre coûte que coûte cet ultime bastion de Liberté qu’est Internet ou plutôt, là aussi, y imposer des limites (comme en Chine !!) des règles, des taxes, des lois, des frontières et ... Dieu sait quoi d’autres ?

 

 

 

Personnellement mon cœur balance et je vais donc continuer à prendre connaissance des arguments en provenance des deux camps en sachant qu’il suffira d’une simple phrase particulièrement sensée, d’une explication concise, d’une comparaison évidente ou encore d’un argument convaincant mais pas envisagé pour que finalement je me décide.

 

Autant dire, du coup, que les commentaires ouverts ci-dessous sont plus que jamais les bienvenus……

07:06 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Facebook | | | |

Commentaires

Merci pour le soin mis à votre présentation d'un sujet fort d'actualité!
Vous évoquez "l'ultime bastion de Liberté qu'est internet". Pour moi, je dirais plutôt que l'internet qui certes a une dimension de liberté présente aussi un monde de libre-arbitre, de fourres-y tout, de succion des faibles. La liberté est cet élan vital, cette puissance qui surgit du profond de nous pour nous épanouir d'une libre volonté par définition. Ainsi la Suisse a le droit de conserver son aspiration à gérer ses propres biens afin de les répartir pour permettre à ses habitants de s'épanouir - gober un peu de liberté - dans certaines activités.

Écrit par : Marie-France de Meuron | 28/05/2018

Ne faut-il pas en tout un juste milieu?

Les faiseurs de toujours d'autres lois en tout et pour tout se substituant au sens de la justice comme du respect de l'autre quel qu'il soit nous fatiguent... pour ne pas dire plus.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 28/05/2018

La liberté de choisir la marque de café ou de jouer en ligne, je n'appelle pas ça une liberté fondamentale. Rien à voir à la liberté de voter, de s'exprimer.
Cette "liberté" de jouer ne peut être un argument que l'on puisse comparer à la solidarité dont l'impacte est autrement plus important.

On trouve normal que les travailleurs soient protégé par des lois qui vont à l'encontre des libertés des entreprises.
La liberté ne peut se prendre sans tenir compte des impactes négatifs. C'est ce ratio qui détermine la limite de la liberté.

Comparer à la Chine qui veut limiter les idées et opinions différentes de la doctrine officielle, n'a aucun sens. Le choix du consommateur n'est pas dans le même registre de liberté.

Écrit par : motus | 28/05/2018

Merci pour ce billet tout en nuances Vincent.
Je vous encourage vivement la lecture du dernier ouvrage du fondateur de Wired qui nous donne un aperçu de ce que sera le monde dans 30 ans.
https://www.amazon.fr/Inevitable-Understanding-Technological-Forces-Future/dp/0525428089/ref=asap_bc?ie=UTF8

Vous comprendrez alors que toute tentative de juguler le flot est vouée à l'échec. Si la régulation est inévitable et souhaitable, elle doit se faire de manière globale pour avoir la moindre chance de fonctionner dans un monde devenu village.

Alors, pour répondre à votre question, je pense que les limites imposées par les nations auront vite fait d'exploser. Quel que soit votre choix, ce vote n'aura qu'un impact momentané et ne fera que repousser le moment où il faudra envisager d'autres moyen de financer la culture et palier à l'hypocrisie qui consiste à prévoir un budget pour contrer les effets de la dépendance à cette drogue. Je rappelle à ce sujet que seuls 17 pays de la communauté européenne ont opté pour ce type d'impôt.

Enfin je ne suis pas tout à fait d'accord avec votre titre car ces deux notions ne sont pas antagonistes. Aujourd'hui, la plupart des gens offrent quantité d'informations sur eux-mêmes, en toute liberté, pour pouvoir recevoir des offres ciblées sur leurs intérêts et surtout pour être en contact avec la communauté des hommes via les réseaux sociaux. Nous sacrifions volontiers une certaine forme de liberté en dévoilant des pans entiers de notre sphère privée pour vivre plus proche des autres, partager, échanger, communiquer. La solidarité ne peut venir que grâce à une certaine forme de proximité qui nous permet de comprendre les besoins de l'autre. La technologie efface les frontières et les distances et nous informe sur tout et partout en permanence.

Écrit par : Pierre Jenni | 28/05/2018

Je relève aussi au passage qu'il n'y a plus de sujet simple sur lesquels nous devons nous prononcer.
Certains semblent considérer que l'initiative Monnaie pleine est complexe. Je pense au contraire que ce sujet est beaucoup plus simple que celui des jeux d'argent et que les opposants tablent un peu facilement sur cet argument de complexité pour effrayer le bon peuple suisse en fustigeant le caractère déraisonnable d'une initiative qui vise à changer un système qui "fonctionne".
En fait, lorsqu'on y regarde de plus près, seules les banques tentent maladroitement de défendre leur beefsteak avec l'appui d'economiesuisse, dont nous avons déjà pu mesurer la capacité de nuisance, et les instances politiques unanimes qui nous éclairent sur leur caractère inféodé jusqu'à la caricature puisque même les socialistes vendent ici leur âme.

Écrit par : Pierre Jenni | 28/05/2018

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