14/05/2017

10) Les segundos

Tu vois ma chérie, vendredi soir je suis tombé sur la version québécoise de l'émission "Un diner à la ferme". Le concept c'est l'accueil à tour de rôle de 6 autres candidats dans sa ferme et le jugement, notes à l'appui, de ceux-ci sur l'accueil et la qualité du repas servi. Après les premières saisons avec les paysans suisses romands, c'est parmi les paysans suisses émigrés au Québec que se déroule la saison 2017.

Tu comprendras par conséquent que cette émission me touche tout particulièrement. Mais le but de cette lettre n'est pas de revenir sur les aléas notre propre immigration mais bien d'essayer d'en tirer quelques généralités particulièrement frappantes.

La première, et je ne dis pas ça pour me dédouaner, c'est que des parents italiens et espagnols de mes amis d'enfance, aux portugais et autres kosovars que je fréquente professionnellement en passant par les parents asiatiques ou sud américains des enfants qui mangent aux cuisines scolaires dont je m'occupe, il apparaît que pour ceux qui ont quitté leurs pays une fois adulte, indépendamment de leur propres succès ou de ceux de leurs enfants, ce changement drastique de vie restera toujours une douloureuse déchirure. Seuls les plus motivés (ou les plus mal pris), les plus sociables et les plus courageux parviennent à l'endurer.

Il est vrai aussi que dans la grande majorité des cas, c'est d'abord et surtout pour des raisons économiques et/ou de sécurité que des familles fuient leurs pays pour tenter leur chance loin de leurs racines. Les exceptions qui, comme ta maman et moi, ont choisis l'aventure pour l'aventure, sont d'autant plus rares qu'il apparaît bien vite que cette expérience est particulièrement déstabilisante.


La bonne nouvelle et l'émission de l'autre soir en était une démonstration probante, c'est que la deuxième génération semble posséder d'un maximum d'atouts pour réaliser les rêves .... de leurs parents.

Armés d'une volonté hors du commun (voir, suivant les cas, d'un esprit de revanche), riches de leur double culture et d'une conscience aiguë du monde qui les entoure, les segundos (comme on les appelle ici) connaissent selon toutes les statistiques des succès bien supérieurs à leurs camarades "pure laine" (comme vous dites là-bas).

Voilà pourquoi, à part en France qui est l'exemple parfait de ce qu'il ne faut pas faire en terme d'intégration, il apparaît que l'immigration est un véritable tremplin pour les enfants de celles et ceux qui ont décidé (plus ou moins librement) d'aller voir si l'herbe est plus verte ailleurs.

Autant dire qu'avec le retour en force d'une certaine xénophobie nationaliste, cette réalité ne plait pas à tout le monde et ça aussi, ton frère et toi, vous devez le savoir....

12:15 Publié dans Lettres à ma fille | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | | |

Commentaires

J'ai lu votre billet avec intérêt, sur le fond je suis d'accord avec vous. Mon propos est de demander ici : mais qui a trouvé cet horrible vocable de segundo ou segunda ? Je suis une immigrée de la 2e génération non née ici d'ailleurs, mais que Dieu me pardonne, qu'on ne vienne pas me traiter de segunda, je serais capable de mordre...

Écrit par : Nina | 15/05/2017

Merci Nina pour votre commentaire et votre bonne question.

J'ai fait quelques brèves recherches mais je n'ai malheureusement trouvé aucune réponse valable à vous donner.

C'est vrai que le mot n'est pas très heureux mais je me demande si "immigrant de deuxième génération" n'est pas pire encore.....

Écrit par : Vincent | 15/05/2017

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