30/04/2017

9) La mémoire

Tu vois ma chérie, il semblerait que l'homme est ainsi fait que ses sentiments mais surtout ses ressentiments lui font perdre toute objectivité et même (et c'est ce qui m'inquiète) la mémoire.

J'en veux pour preuve ce qui se passe autour du deuxième tour des élections françaises ces derniers jours.

On peut comprendre que nos voisins se méfient d'un blanc bec qui étaient encore banquiers il y a 5 ans, l'homme est certes particulièrement instruit, cultivé et brillant mais a-t-il pour autant la carrure d'un chef d'état ? Les doutes sont légitimes

Sauf que, vois-tu, certains commentateurs détestent tellement Macron (où en tout cas, ce qu'il représente) qu'ils semblent avoir perdu la mémoire.

Ils ne se rappellent pas d'où vient la sorcière qui fait face au jeune loup aux dent longues. Une sorcière déguisée en princesse à la pêche aux voix et qui, advenant qu'elle en récolte suffisamment, pourrait bien, dès le 7 mai... à minuit, se transformer en méchante harpie.

Dire que cette sorcière est entourée depuis toujours d'esprits maléfiques, de diablotins et autres démons venimeux, c'est juste évoquer une réalité que beaucoup refusent d'admettre. Il suffit pourtant de se renseigner un tant soit peu sur l'entourage de la candidate d'extrême droite pour frissonner en imaginant qu'une once de pouvoir puisse échouer dans leurs mains.

Mais non, ça serait les soit disants marionnettistes qui se cacheraient derrière la révélation politique du moment les mal intentionnés. Ah bon ?

Sauf que, contrairement à la garde plus ou moins rapprochée de la fille Le Pen, ils ne sont pas xénophobes, identitaires, islamophobes, neo-nazis, paranos, antisémites, complotistes, belliqueux, négationnistes, racistes, ... eux.


Ce type de personnes convertis en partisans revanchards unis derrière un leader nationaliste qu'ils acclament en insultant ses opposants, ça ne te rappelle pas tes cours d'histoires ?

Les gens perdent la mémoire, je te dis !

 

Allez bonne anniversaire pareil et vive le printemps !

 

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23/04/2017

8) Lectures

Tu vois ma chérie, j'ai profité des congés de Pâques pour aller prendre l'air marin en Espagne et donc pour lire au soleil, rien de tel, en effet, que le bruit des vagues pour nous accompagner dans des univers différents. D'autant que de Sepulveda l'auteur chilien à Salman Rushdie qui raconte l'Inde en passant par le génie italien d'Umberto Eco et la culture de Michel Houellebecq, je n'ai cessé de changer d'horizon.

Et si, à chaque fois, j'ai été édifié par la sagacité exceptionnelle de ces auteurs, c'est le surprenant roman français "Soumission" qui m'a le plus particulièrement touché.

Ne serait ce que parce que j'y ai retrouvé la majeure partie des grandes (et moins grandes...) interrogations de ma génération. Et puis, la première partie du bouquin se déroulant durant les derniers jours de la campagne présidentielle française de.... 2022, cette dernière semaine était donc parfaite pour savourer dans toute son acuité ce roman d'anticipation plus drôle et cynique que prophétique d'ailleurs.

Car je te rappelle que le malheur (pour ce livre mais d'abord bien entendu pour les victimes) c'est que cette histoire d'élection d'un représentant de la fraternité musulmane à la présidence de la France est sortie... le jour même du massacre, au nom de l'islamisme, de l'équipe rédactionnelle de Charlie Hebdo.

Dans le genre, mauvais timing, difficile de faire pire. Résultat, les esprits des critiques et du public étaient visiblement (et logiquement) trop bouleversés pour réagir avec le recul nécessaire à la dernière provocation de Houellebecq.

Et si je te raconte tout ça, c'est pas forcément pour t'encourager à lire un livre qui m'apparaît comme particulièrement masculin mais bien pour te démontrer les risques que nous courrons à réagir à chaud face à des situations qui, comme le disait Mme Le Pen hier (lors d'une énième instrumentalisation du terrorisme), nous provoquent des "boules dans le ventre".

Dans ces moments là, c'est un silence respectueux voir même le recueillement qui devrait, en effet, accompagner nos efforts pour assimiler la réalité, puis (pour autant que nous ne soyons pas directement impliqués) pour parvenir peu à peu à dépassionner nos peurs.

Rien ne presse toutefois, mieux vaut une longue et parfois douloureuse (mais nécessaire) période d'affliction et de doutes plutôt que de sombrer bêtement dans cet état d'esprit (très tendance ces temps) de frustration rancunière et complotiste qui nous pousse, trop souvent, à commettre des fâcheuses erreurs de jugement.

C'est sans doute de celles-ci dont a été victime le livre de M.Houellebecq à sa sortie mais, Dieu soit loué, les œuvres d'art seront toujours plus durables que l'air du temps et gageons qu'à l'avenir d'autres trouveront également dans dans ce roman clairvoyant, cette subtilité qui m'a tellement séduit.

Allez, je te laisse à tes essais et autres thèses universitaires mais n'oublie pas de t'offrir un bon roman de temps en temps ! Ca fait tellement du bien de se laisser embarquer dans des histoires autres que les nôtres....

 

15:54 Publié dans Lettres à ma fille | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Facebook | | | |

09/04/2017

7) L'ONU

Alors cette "Modélisation des Nations Unies" (NMUN - 2017) comment ça se passe ? Tu crois que ta génération parviendra à redonner ses lettres de noblesse à cette vénérable institution ?

En tout cas, je suis rassuré de savoir que toi et les centaines d'autres étudiants en relation internationales venus du monde entier pour vous confronter au siège de l'ONU à New-York, vous apprenez d'abord et avant tout à ....négocier.

Après des années de quasi paix entre les grandes puissances détentrices de l'arme nucléaire, on a en effet la désagréable impression d'assister à une nouvelle surenchère entre dirigeants mégalomanes pour s'imposer comme étant celui qui a la plus grosse et imposante.... puissance militaire.

C'est d'ailleurs justement pour tenter d'anticiper ce type de réalité que l'ONU a été créée en 1945. C'était une belle utopie et pendant quelques années on a même pu y voire une démonstration probante de notre évolution, enfin les nations possédaient un outil permettant de prévenir les guerres plutôt que de les subir.

Sauf que, chassez le naturel, il revient au galop.

Il est vrai que si, depuis plus de 70 ans, les organisations internationales ont permis d'éviter et de résoudre de nombreux conflits, les opinions publiques retiennent surtout leurs échecs et, en particulier, les impasses inhérentes au droit de veto des états membres du conseil de sécurité.

Résultat, à force de gesticulations et autres errements de quelques pays, leaders autoproclamés, nous en sommes arrivés à cette situation où non seulement plus personne ne croit en l'efficience des organisations internationales mais, désormais, c'est leur financement et donc leur existence qui sont remis en question par l'arrivée au pouvoir de ces satanés populistes nationalistes.

Comme si supprimer les rares arbitres allait pousser les différents pays protagonistes à mieux respecter les quelques règles de cohabitation de base sur lesquelles ils sont, tant bien que mal, parvenus à s'entendre.

A moins, bien entendu, de vouloir imposer ses propres règles par la force (militaire et/ou financière)....

Alors certes tout n'est de loin pas parfait dans ces organisations de nations pas vraiment unies mais entre ces "machins" (De Gaulle) et la bonne vieille loi de la jungle, il me semble qu'il n'y a pas photo, non ?

À toi et à ta génération donc de nous démontrer que nous avons quand même un tant soit peu appris de nos erreurs passées et que les compromis et le discernement seront, demain, plus constructifs que les menaces et autres démonstrations de force.

Pour cela, il est certainement nécessaire d'inventer rapidement un nouveau mode de fonctionnement des organisations internationales. C'est le job que tu sembles t'être choisi, bravo mais autant dire qu'il y a du pain sur la planche....

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