23/04/2017

8) Lectures

Tu vois ma chérie, j'ai profité des congés de Pâques pour aller prendre l'air marin en Espagne et donc pour lire au soleil, rien de tel, en effet, que le bruit des vagues pour nous accompagner dans des univers différents. D'autant que de Sepulveda l'auteur chilien à Salman Rushdie qui raconte l'Inde en passant par le génie italien d'Umberto Eco et la culture de Michel Houellebecq, je n'ai cessé de changer d'horizon.

Et si, à chaque fois, j'ai été édifié par la sagacité exceptionnelle de ces auteurs, c'est le surprenant roman français "Soumission" qui m'a le plus particulièrement touché.

Ne serait ce que parce que j'y ai retrouvé la majeure partie des grandes (et moins grandes...) interrogations de ma génération. Et puis, la première partie du bouquin se déroulant durant les derniers jours de la campagne présidentielle française de.... 2022, cette dernière semaine était donc parfaite pour savourer dans toute son acuité ce roman d'anticipation plus drôle et cynique que prophétique d'ailleurs.

Car je te rappelle que le malheur (pour ce livre mais d'abord bien entendu pour les victimes) c'est que cette histoire d'élection d'un représentant de la fraternité musulmane à la présidence de la France est sortie... le jour même du massacre, au nom de l'islamisme, de l'équipe rédactionnelle de Charlie Hebdo.

Dans le genre, mauvais timing, difficile de faire pire. Résultat, les esprits des critiques et du public étaient visiblement (et logiquement) trop bouleversés pour réagir avec le recul nécessaire à la dernière provocation de Houellebecq.

Et si je te raconte tout ça, c'est pas forcément pour t'encourager à lire un livre qui m'apparaît comme particulièrement masculin mais bien pour te démontrer les risques que nous courrons à réagir à chaud face à des situations qui, comme le disait Mme Le Pen hier (lors d'une énième instrumentalisation du terrorisme), nous provoquent des "boules dans le ventre".

Dans ces moments là, c'est un silence respectueux voir même le recueillement qui devrait, en effet, accompagner nos efforts pour assimiler la réalité, puis (pour autant que nous ne soyons pas directement impliqués) pour parvenir peu à peu à dépassionner nos peurs.

Rien ne presse toutefois, mieux vaut une longue et parfois douloureuse (mais nécessaire) période d'affliction et de doutes plutôt que de sombrer bêtement dans cet état d'esprit (très tendance ces temps) de frustration rancunière et complotiste qui nous pousse, trop souvent, à commettre des fâcheuses erreurs de jugement.

C'est sans doute de celles-ci dont a été victime le livre de M.Houellebecq à sa sortie mais, Dieu soit loué, les œuvres d'art seront toujours plus durables que l'air du temps et gageons qu'à l'avenir d'autres trouveront également dans dans ce roman clairvoyant, cette subtilité qui m'a tellement séduit.

Allez, je te laisse à tes essais et autres thèses universitaires mais n'oublie pas de t'offrir un bon roman de temps en temps ! Ca fait tellement du bien de se laisser embarquer dans des histoires autres que les nôtres....

 

15:54 Publié dans Lettres à ma fille | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Facebook | | | |

Commentaires

Pour la théorie j'adhère. Mais dans les faits, je vous propose une autre fiction pour que vous puissiez accéder à la logique de MLP et des boules dans le ventre.
Imaginez que demain, Kim machin chose pulvérise le porte-avions US à l'aide d'un missile atomique. Je n'ai pas besoin de vous faire un dessin pour que vous puissiez imaginer la suite.
Ou bien ?

Écrit par : Pierre Jenni | 23/04/2017

Pas par besoin mais juste par curiosité, je serais ravi de voir votre dessin Pierre Jenni ( - ;

Écrit par : Vincent | 23/04/2017

Écrit par : Vincent | 23/04/2017

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