25/03/2017

6) Les islamophobes

Tu vois ma chérie l’autre soir, j’étais invité pour une bouffe de gars chez un de mes vieux copains et sur la route je réfléchissais aux arguments que je pourrais apporter en réponse aux thèses islamophobes qu’un des invités ne manquerait sûrement pas de nous asséner.
D'habitude c’est de manière virtuelle que je m’engueule avec ces gens là, pour une fois que je pouvais le faire lors d’un véritable échange, je voulais en profiter pour essayer de comprendre.

Car tu vois ce que je ne capte pas aujourd'hui c'est les raisons qui poussent les islamophobes à faire exactement ce que les islamistes attendent d’eux ?

Par la diffusion toujours plus décomplexée de leurs convictions, ceux-ci contribuent, en effet, à favoriser l’émergence d’un véritable sentiment anti-musulman dans l'opinion publique et, ce faisant, à jeter de l'huile sur un feu pourtant bouté par leurs ennemis jurés.

Sauf qu’à force de semer le vent, ils pourraient bien récolter la tempête. Et c’est là, que la finalité de leur combat m’échappe. Que les islamistes les plus radicaux répandent la terreur dans l'espoir que cela dérape suffisamment pour finir par provoquer une guerre civile entre des citoyens dit "de souche" et les musulmans cela semble désormais avéré mais que les islamophobes entrent dans leur jeux sans plus de réflexion, cela m'apparaît aussi désolant que périlleux.

D'autant que depuis un certain 11 septembre, où qu'ils résident sur la planète, il ne fait pas bon être musulman. A commencer, paradoxalement, par les pays dit musulmans où des partis islamistes profitent des tensions pour mettre en place des dictatures islamistes aussi liberticides que misogynes.
Quant aux musulmans qui demeurent chez nous, on peut sérieusement craindre que sous les coups de boutoir des actes terroristes monstrueux à répétition et des terribles amalgames qui en découlent, si personne n'arrive à détendre un chouïa l'ambiance, demain ils pourraient être de plus en plus nombreux à répondre au mépris dont on les abreuve par une forme ou une autre de radicalisation.

Voilà pourquoi, alors qu’il faut bien évidemment continuer à lutter avec toutes les armes possibles contre ceux qui ont décidé de nous terroriser en s’en prenant (les lâches) à des pauvres victimes innocentes, il me semble aussi que, les islamophobes, qui s’affirment pourtant tellement plus lucides et perspicaces que la moyenne, devraient finir par réaliser que plus ils parviendront à diaboliser la religion musulmane, plus ils seront entendus et suivis, plus les "stratèges" de Daech et autres mouvances islamistes verront leurs machiavéliques prières exaucées.

Le piège est pourtant grossier mais une fois de plus, comme si l’histoire n’avait servi à rien, en stigmatisant, en méprisant et en insultants une religion (qui représente le quart de la population mondiale) la fachosphère est bêtement en train de nous tirer une fichue balle dans le pied.

 


Finalement avec mes vieux potes, on a parlé de Federer, de vin, de maladies, de foot, de voitures, de bouffe mais aussi des soucis que nous causent nos.... parents. Même l’attentat de Londres qui s’était pourtant déroulé durant la journée n’a pas été évoqué. Visiblement tout le monde voulait passer une belle soirée...

Allez, porte toi bien ma chérie, sois prudente lors de ton séjour aux États-Unis car comme les islamophobes ici, ils sont un peu tous à cran en ce moment, là-bas....

 

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12/03/2017

5) Utopies

"Une utopie est un projet réalisable qui n’a pas encore été réalisé " T. Monod

Je sais que tu es très prise par tes études mais si tu en trouves le temps, je ne saurais que trop t'encourager à t'intéresser à celui qui est, selon moi, le plus extraordinaire candidat à l'élection à la présidence de la "Froonnce" depuis longtemps.

Extraordinaire dans le sens si différent des ordinaires hommes et femmes politiques que j'observe depuis des années.

Bon, comme toujours avec la gauche, j'ai pas mal de peine avec un certain dogmatisme économique et autant dire que sur ce sujet au moins, j'ai des doutes.

Mais sur l´avenir et ses nouveaux défis, quelle lucidité, quelle capacité à voir plus loin que .... la prochaine échéance électorale.

Trop loin d'ailleurs, ses propositions ont juste 20 ans d'avance et du coup j'ai bien peur que celles-ci n'atteignent finalement que ta génération et quelques indécrottables utopistes optimistes dans mon genre.

Toujours est- il, qu'à condition que le malheureux épisode de conservatisme nationaliste qui s'en vient ne provoque pas (trop) de guerres dont nous mettrions des années à nous relever (ou pas), je pense sincèrement que dans 30 ans, lorsque tu auras mon âge, l'allocation universelle sera devenue une évidence et votre relation à l'autre, au travail et à la planète sera totalement différente.

Car rassure-toi toi la période Orban, Duterte, Trump & Friends ne devrait être qu'un regrettable...feu de paille. À condition bien entendu que le vent de l'histoire ne le disperse pas trop....
Une fois arrivé au pouvoir, nos démagogues se révèlent, en effet, si lamentables qu'il apparaît très vite qu'ils ne sont, en fait, capables que de dénoncer, stigmatiser et mépriser... Ça peut servir à les rendre populaires certes, sauf que ça fait quand même un peu court pour diriger l'exécutif d'une ville, d'une région ou pire d'un pays, non ?

Quoi qu'il en soit, l'espoir (pour les Français en tout cas) c'est donc pour ... après demain, lorsque les ambitions démocratiques, environnementales et sociétales de .... Benoît Hamon pourront alors être mises au service d'une population consciente que sa qualité de vie dépend de sa capacité à maîtriser suffisamment la technologie pour en faire un merveilleux outil d'émancipation personnelle et collective.

C'est, en tout cas, ce que vise (entre autre...) ce candidat aussi charismatique qu'humble et brillant, mais qui, encore une fois, arrive beaucoup trop tôt pour être élu par une population gauloise visiblement peu disposée à le suivre dans ses utopies.

N'empêche que c'est le seul qui a une vision réaliste (et... humaniste !) pour ta génération !

10:25 Publié dans Lettres à ma fille | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | | |

01/03/2017

4) Changement de paradigme ?

Tu vois ma chérie,  l’autre soir j’entendais Marine Le Pen nous expliquer que nous étions en train de changer de paradigme, nous serions en train de passer du mondialisme au patriotisme.

 

Bon d’abord, selon moi, le mondialisme ça ne veut rien dire, il y a en effet d'un côté ces mondialistes néolibéraux impatients de voir des sociétés comme Google, UBS, Goldman Sachs, Apple ou encore l'Industrial and Commercial Bank of China, Shell ou Volkswagen imposer à la planète leur vision globalisée (et ô combien intéressée) d'une gouvernance mondiale. De l'autre côté de la rue, il y a ceux qui les combattent, ces altermondialistes  convaincus que l'avenir est dans une plus juste répartition des richesses au nom d'une solidarité internationale (encore à bâtir) dépendant de la capacité du plus grand nombre à prendre conscience des inégalités  grandissantes entre les pays riches et les pays pauvres, entre les villes et les campagne ou encore entre les vainqueurs et les perdants de nos sociétés.... néolibérales.

 

Pour le patriotisme c’est plus simple et si aujourd’hui celui-ci est pris en otage par les populistes au nom d'un protectionnisme simpliste car totalement déconnecté d'une globalisation pourtant difficile à ignorer, il est vrai aussi que, mondialisation ou pas, stigmatiser les différences afin d'attiser un patriotisme belliqueux a toujours été une stratégie pour le moins efficace, particulièrement en temps de crise...

 

Quoi qu’il en soit, le vent semble bel et bien en train de tourner et on pourrait donc assister ce printemps à la confirmation de ce changement de paradigme avec l’élection à la présidence française de celle qui se plaît à l’annoncer.

 

En même temps, je ne peux croire qu'après avoir goûté à cette liberté extraordinaire que signifie aussi la mondialisation, après avoir, depuis Montréal, échangé des recettes japonaises avec ta cousine de Plan-les-Ouates  (au moyen du portable Apple  fabriqué en Chine que tu as posé sur un meuble suédois pour boire un café italien), puis envoyé un lien de musique colombienne à cette amie de Mumbai, que tu as connue à Liverpool et que tu rejoindras bientôt  à Riga, ... tu puisses, un jour, te retrouver confinée dans les limites géographiques, virtuelles, intellectuelles et culturelles de ton pays, aussi grand et multiculturel soit-il. 

 

Oui je sais cela ne semble absolument pas envisageable, sauf que protectionnisme contre protectionnisme ça aboutit fatalement à des mesures de rétorsion, puis aux boycotts, puis à la disparition de certains produits des rayons, puis à la pénurie, puis à ... la guerre.

 

Mais ne t'inquiète pas ma chérie, on n’en arrivera pas là, on n'est pas si irresponsables.... du moins je l'espère  ! 

13:48 Publié dans Lettres à ma fille | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Facebook | | | |