05/01/2016

Londres, par exemple…

A l’image de la trilogie « Le Siècle de Ken Follett » qui, l’été passé, m’a permis de relativiser les différents conflits que nous traversons ces temps, rien de tel qu’un petit séjour à Londres pour apaiser le citoyen genevois (inquiet face au grand retour de l’extrême droite) que je suis. 

Bien sur Genève et Londres n’ont pas grand-chose à voir, ne serait-ce qu’en fonction du nombre d’habitants de la capitale anglaise qui correspond à peu près à la population de la Suisse pour une superficie similaire à celle du canton de Fribourg. 

N’empêche que Londres m’est apparue comme l’éclatante démonstration qu’il est possible de posséder des transports en commun et des forces polices exemplaires, tout en encourageant des projets immobiliers hors du commun et en s’assumant comme une ville de culture, touristique et …multiculturelle. 

Ceci dit, je suis conscient que tout n’y est par rose, que là-bas aussi la pauvreté frappe celles et ceux qui n’arrivent pas à s’accrocher aux wagons d’un capitalisme presque aussi sauvage qu'aux Etats-Unis. 

Toujours est-il que, cette fois ci encore, j'ai été frappé par le dynamisme, la tolérance et le mélange des races de cette ville définitivement fascinante

Voilà pourquoi, alors que chez nous, certains se sentent autorisés à affirmer qu’il nous faudrait continuer à croire en l'efficience des frontières, il apparaît qu’à Londres ce débat semble depuis longtemps dépassé, la réalité ayant supplanté les discours  de ceux qui pensent qu’il serait possible d’échapper à  la mutation inexorable de l'humanité.   

N’en déplaise à ces derniers, en quelques jours à Londres, j’ai eu affaire à des caissières radieuses portant le voile, des serveurs efficaces français et italiens, des chauffeurs de bus aussi fiables que noirs, un hôtelier pakistanais souriant et une restauratrices empressée chinoise. J’y ai aussi croisé des couples improbables (avec ou sans enfant) formés d’asiatiques et d’arabes ou encore d’indiennes et de rouquins. Quant aux langues, je les ai presque toutes entendues, du russe au brésilien en passant par l’italien, l’espagnol, l'allemand, le japonais, le chinois, le français (partout, tout le temps) et même … l’anglais. 

Bref, à l’image de Toronto, New-York ou encore Berlin et Singapour, la mixité sociale, raciale et religieuse de Londres m’est apparue comme une réalité plutôt positive et surtout (par les temps qui courent) encourageante. 

Il semble, en effet, toujours plus aisé pour une grande majorité des citadins (!) de la planète (qui se côtoient déjà quotidiennement sur les réseaux sociaux mais aussi sur les divers sites touristiques du globe grâce aux mêmes compagnies low-coast) de pouvoir adopter un style de vie nomade en adéquation avec une économie et une culture toujours plus globalisée. 

Ceci n’empêchant pas, bien entendu, ceux qui le désirent de mettre toute leur énergie dans la préservation des rites et autres traditions locales.  A en croire la composition des fanfares typiquement anglaises qui défilaient lors de la parade londonienne du 1er janvier, les plus traditionalistes ne sont pas forcément ceux à qui on pense en premier... 

Quoi qu’il en soit, je n’idéalise rien, je n’affirme pas qu’il n’y a qu’une seule voie possible, je me demande simplement comment les partis populistes et ceux qui les soutiennent parviendront à éviter que le pays ou encore la culture qu’ils défendent ne soient pas, eux aussi,  pris dans ce tourbillon qui semble sans limite de la mondialisation ambiante. 

Tout n’y est certes pas parfait mais des villes dynamiques et tolérantes où les habitants finissent par se mélanger  me semblent toutefois nettement mieux armées pour envisager l’avenir que celles qui pratiquent la discrimination ! 

Ou bien ? 






 
NB : Bonne année 2016 à tout le monde et en particulier à mes amis (et éventuels ennemis) … blogueurs !

 

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Commentaires

Merci pour vos bons voeux ! A mon tour de vous souhaiter le meilleur pour l'année qui commence.

Votre premier billet de 2016 m'a interpellée...
Une de mes filles a habité 4 mois dans la grande banlieue de Londres et par ce truchement, j'ai pu avoir un aperçu sur la vie dans cette métropole.
Comme vous, j'ai constaté que toute la terre s'était donné rendez-vous dans cette cité vraiment magnifique et c'est effectivement très dynamisant.
Là, on parle de l'hyper-centre.
Et je pense qu'il fait écran à une réalité sociale bien plus dure, puisque tout y est si cher, que même nous les Suisses étions estomaqués. Accéder à toute l'offre exige des moyens.
Tous ces gens très efficaces font des heures de métro pour se rendre à leur job payé au lance-pierres. Impossible de vivre dans le centre-ville, ou même dans une proximité acceptable. Avez-vous pu voir les banlieues ?
Quelle mixité et quelle qualité de vie ?
Ma fille, dont l'école de langues se trouvait au centre, devait se dépêcher d'être à sa station de métro avant 15.30h, car sans cela, elle devait faire la queue pour y entrer. (donc : entrer dans la station, pour pouvoir ensuite faire la queue pour entrer dans le métro !).
Les Britanniques ont eu un destin colonial, qui a forgé une mentalité très particulière et effectivement très ouverte sur le monde de leurs anciennes dépendances, puis sur l'Europe ( même si actuellement les portes se ferment dans un isolement insulaire ). Mais il y a cette incroyable conscience de classe et j'ai l'impression que le système repose avant tout sur des différences de pouvoir conféré par l'argent, la maîtrise du bon accent et la fréquentation d'écoles privées coûteuses.
Ainsi, pour moi, Londres ne saurait être un exemple positif.
Le Royaume Uni a la capacité de fasciner les gens, d'exercer une attraction sur des candidats à l'immigration, qui s'imaginent une existence meilleure qu'ailleurs. Il est bien possible que je place la barre trop haut, parce que j'ai déjà tout ! Mais je suis rentrée très perplexe de Londres.

Écrit par : Calendula | 05/01/2016

Merci pour votre intéressant commentaire Calendula.
Autant dire que mon propos n’a jamais été d’affirmer que Londres serait le paradis sur terre et il est bien entendu que mon apperçu de cette ville ne peut être que partiel. Des expériences comme celle de votre fille viennent donc démontrer qu’effectivement tout n’est pas si simple.

Il n’empêche que c’est surtout sur ce qui fonctionne et l’aspect tolérant et multiculturel de cette ville que j’ai voulu insister. Ne serait-ce que parce que, comme vous avez du le remarquer, ces deux «valeurs» sont pour le moins remise en question dans nos sociétés dites modernes.

Encore une fois, tous mes vœux et au plaisir de vous lire.

Écrit par : Vincent | 05/01/2016

Oui, la tolérance et la multiculturalité sont un sacré challenge !
Je pense que ce n'est pas facile pour tout le monde et en toute circonstance.
A quel moment est-on dans le communautarisme, dans un système où on s'ignore, tant au niveau culturel qu'au niveau social ... les "castes" sociales peuvent également représenter une sorte de ségrégation.

En tant que Genevoise d'adoption, je m'intéresse beaucoup à ce genre de phénomène, d'autant plus qu'en Finlande, mon pays de naissance, le contexte est très différent.
Le pays d'accueil ne va pas vivre l'arrivée de personnes de cultures diverses de la même manière, si il est lui-même plutôt un petit pays en marge de l'Europe occidentale, qui a connu des vagues d'émigration ( dans le cas de la Finlande, aux Amériques, puis en Suède), une grande nation colonisatrice ( le Royaume Uni) ou un petit pays au centre de l'Europe, qui était encore bien modeste, il y a moins de cent ans ( la Suisse).
En Finlande, on était enthousiaste face aux vrais étrangers, il y a encore 10-20 ans de cela. ( Mes parents, faux étrangers, de retour d'émigration étaient accueillis fraîchement ...) Les gens ne cachaient pas leur curiosité quasi enfantine. Il y a eu une immigration lente et progressive depuis l'entrée dans l'UE et la fin de l'URSS.
Avec l'arrivée de 35 000 demandeurs d'asile en quatre mois, l'ambiance a changé.
Il faut voir ces processus sur une très longue période.
La tolérance ne se décrète pas et à mon avis, il serait maladroit d'exiger des autochtones une attitude super-positive, si leur propre situation n'est pas solide.
Les problèmes qui pré-existent à l'arrivée des migrants et réfugiés pèsent certainement dans la balance. Je n'excuse rien, mais j'essaye de comprendre.
Le Royaume Uni a une longue histoire de multiculturalisme, alors que ce n'est pas toujours le cas ailleurs en Europe. Et les citoyens de certains pays sont loin de voir ça d'un bon oeil ! On pense en particulier aux nouveaux membres de l'UE.
Le plus drôle et tragique étant que le Royaume Uni joue avec l'idée d'une sortie de l'Europe, ainsi que des pays de l'ex-bloc de l'Est !

Écrit par : Calendula | 05/01/2016

Un nouveau courant de pensée politique est né : la touristocratie.

Écrit par : norbert maendly | 05/01/2016

"cette ville définitivement (sic) fascinante" au point de déformer le français des esprits fragiles. C'est "juste" fascinant de l'observer...

Écrit par : Géo | 06/01/2016

"Touristocratie " ! Superbe !
Je ne sais pas, si c'est un courant politique, mais je me suis souvent sentie touristocrate, sans avoir le mot à disposition !
En effet, il y a ce sentiment d'être en quelque sorte surclassée par rapport à mon statut social "normal" à la maison. Simplement le fait de ne pas travailler, à un moment, où les autres s'affairent autour de nous et souvent à notre service ....

Dans ce contexte, je me suis demandée, comment les touristes nous voyaient, nous, les Genevois ?
De quoi avons-nous l'air, est-ce que la ville reflète un aspect muti-culturel et / ou tolérant ? Et le fait-elle de façon justifiée ?
Lorsqu'on accompagne des visiteurs plus ou moins étrangers en ville, on peut tenter de regarder le spectacle avec des yeux un peu candides.

Écrit par : Calendula | 06/01/2016

Oui, le multiculturalisme est formidable et ce que je regrette une peu, c'est que toute l'Europe va finir par être identique, du nord au sud: partout des kebabs, des restaurants thaïlandais ou coréens, des pizzas à emporter, des salons de tatouage, des salons de coiffure pour faire des tresses et des dreads, etc.

Êtes-vous déjà allé à Oslo? N'imaginez pas y trouver de grands vikings ni manger du hareng! Ce sera pizza, kebab, pâtes et parmi les magasins, vous aurez H&M, Zara, Body Shop etc. Bientôt, il ne sera plus nécessaire, ni intéressant de voyager.
Comme à Berlin ou à Genève

Écrit par : Arnica | 06/01/2016

Merci pour votre commentaire Arnica !
D’autant que vous tenez un bon point, c’est vrai que mondialisation = uniformisation.

Deux remarques toutefois : La première c’est que même les grands groupes ne sont pas à la merci de l’arrivée de concurrents suffisamment solides pour leur faire de l’ombre. Par exemple en ce moment c’est la chaine japonaise (apparemment pas encore installée en Suisse) UNIQLO qui a le vent en poupe à Londres et qui semble prendre le pas sur (par exemple) Mark & Spencer.

La deuxième c’est que même si ces grands groupes accaparent les rues les plus commerçantes (et donc les plus chères), il n’en reste pas moins qu’en dehors de ces zones, il est encore possible de consommer local, …en tout cas pour le moment

Écrit par : Vincent | 06/01/2016

Le problème avec le multiculturalisme c'est que certaines cultures sont l'expression de règles et de rites incompatibles avec certaines valeurs occidentales comme l'égalité entre les individus le respect mutuel et la démocratie. A thermes la promotion et la propagation de cultures différentes de la culture dominante dans les pays européens mettent en péril l'ordre et la coexistante sociale. L'Europe s'est construite sur une base judéo-chrétienne puis a évolué vers un état de droit laïque. Donner des droits à certaines communautés en fonction de leurs cultures c'est organiser la fin de la paix sociale. Il faut un peu de multiculturalisme mais pas trop. La culture dominante doit rester la même une transition serait fatale aux vieux continent. Un contrôle strict de l'immigration reste le meilleur moyen pour se prémunir de graves mouvements sociaux. Les exemples venant corroborer ce qui précède sont de plus en plus nombreux malheureusement.

Écrit par : norbert maendly | 06/01/2016

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