06/12/2015

Nos collègues les frontaliers

Incroyable mais vrai, il aura fallu un fort intéressant reportage de Temps Présent sur les frontaliers, pour que, jeudi soir, pour la première fois, j’entende E.Stauffer affirmer quelque chose d’intéressant.

Selon le leader populiste « il se trouvera toujours parmi les millions de chômeurs français, un candidat mieux formé, avec des meilleurs diplômes et plus d’expérience que les candidats genevois". Résultat, si ses résidents n'y trouvent plus d’emplois, notre canton devrait se préparer à une « véritable crise sociale». Pas faux !

Quoi qu’il en soit, le reportage de TP nous l'a confirmé, c’est bien les employeurs qui profitent (plus ou moins décemment) de la concurrence entre une main d’œuvre suisse sérieuse, formée mais chère et une main d’œuvre étrangère tout aussi formée mais prête à travailler plus pour un salaire moindre, en sachant parfaitement que celui-ci sera toujours deux fois plus élevé que ce qui se gagne ailleurs.

Bref, ce n’est pas les frontaliers qui trouvent du boulot en Suisse qu’il faut blâmer mais bien celles parmi les entreprises qui profitent indûment de la situation. D'autant que, crise aidant, ce phénomène pourrait bien s’accentuer avec, effectivement, le risque que celui-ci ne finisse par coûter nettement plus cher à notre canton que les bénéfices à court terme engrangés par les patrons les plus irresponsables ou les plus … en difficulté.

N’empêche (si j’ose me permettre d’aborder ce sujet délicat) qu’il apparait qu’en dehors des plus de 50 ans et des victimes d’une conjoncture difficile dans un secteur d’activité spécifique, il se trouve, parmi les sans emploi, des femmes et des hommes qui sont bêtement et simplement pas assez compétents, formés et/ou fiables pour espérer obtenir un vrai travail. Encouragés par les populistes, ceux-ci auront beau reporter leurs frustrations sur les frontaliers, il n’en demeure pas moins que même sans la concurrence de ces derniers, ils n'apparaissent pas capables d’être suffisamment efficients pour gagner leur vie. C’est triste, c’est dû à des facteurs familiaux et/ou sociaux et je ne me permets donc aucun jugement, c’est juste qu’il s’agit là d’une réalité qu’aucun politicien ne semble vouloir assumer car cela équivaudrait à traiter une partie de la population… d’incapables.

Le souci, c’est que le nombre de ces personnes qui, chez-nous, ne doivent pas représenter plus de 5 % de la population n’augmente pas ou, en tout cas, pas trop. Quelque soit le pays, il est des misères sociales dont, il est est aussi difficile de s'extraire que de ne pas en faire subir le poids à sa descendance...

Bref, on n’est pas au bout de nos peines et la pression est désormais sur les milieux économiques qui doivent absolument traquer les employeurs les plus véreux tout en gardant un œil sur ces départements RH qui maîtrisent mieux les CAP que les CFC.

Un réflexe "régionaliste" sans contrainte serait donc une bonne chose, à condition que nous restions suffisamment loyaux pour ne pas nous en prendre bêtement à celles et ceux qui, finalement, ne sont coupables que d'être parvenu à dénicher un travail bien payé... là où il y en a.

N'en déplaise aux populistes, les insultes, les provocations et le mépris n’ont donc absolument pas lieu d’être.

D'autant que je ne sais pas vous, mais moi j'adore le côté épicurien de mes collègues frontaliers...

 

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Commentaires

"j'adore le côté épicurien de mes collègues frontaliers…"
Pour ceux qui ont du travail c'est facile à dire. Pour les autres, cela leur rappelle, mutatis mutandis "J'irai banqueter sur vos tombes."

Écrit par : Mère-Grand | 06/12/2015

Ce qu'il y a de marrant, c'est à quel point ce cher Vincent est reaganien ou thatcherien et ne s'en rend pas du tout compte. Les frontières, cela sert précisément à protéger les faibles...

Écrit par : Géo | 06/12/2015

Ça alors, si j’avais pu penser un jour que vous Géo vous me reprocheriez d’être trop à droite.

Quoi qu’il en soit, vous aurez peut-être remarqué que je me contente de donner mon point de vue, de partager mes observations et d’exprimer mes inquiétudes, rien à voir donc avec la politique et avec les personnages que vous citez.

Par ailleurs, je serais curieux de savoir où vous avez vu que les frontières protègent vraiment les plus faibles, si vous avez un exemple contemporain à donner, je suis preneur….

Bonne journée !

Écrit par : Vincent | 07/12/2015

En constatant ce matin que les régions frontalières ont voté FN, alors qu’ils sont plutôt privilégiés par rapport au reste de la France, m’apparait juste honteux…

Mais bon, visiblement les discours populistes (aussi irresponsables soient-ils) semblent séduire aussi de l’autre côté de la frontière…..

Écrit par : Vincent | 07/12/2015

"Il existe des femmes et des hommes qui sont bêtement et simplement pas assez compétents, formés et/ou fiables pour espérer obtenir un vrai travail". C'est pourquoi une majorité d'entre eux sont rentrés en politique ?

Écrit par : Laurent Lefort | 07/12/2015

Memento...rixes entre Pascal Holenweg et Tobias Schnebli, entre Stéphane Geiger et, le juge Daniel Devaud, entre Stauffer et, feu, Pierre Weiss.

Écrit par : Laurent Lefort | 07/12/2015

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