19/06/2015

Madeleine

 

Lorsque j’ai demandé des nouvelles de Madeleine aux employés de la « Maison de Partage d’Youville »  lors de mon dernier séjour à Montréal, il m’a été répondu que leur patronne (comme tant de personnes qui s’impliquent dans des associations communautaires) était, elle aussi, en burnout !   Je n’ai pas eu trop de peine à les croire, d’autant que je me rappelle avoir, à l’époque, quitté mon job dans cette ONG dans un état de découragement particulièrement avancé. 

La maison de Partage d’Youville, c’est un peu comme l’association « Partage* » chez nous, il s’agit d’une banque alimentaire qui, trois fois par semaine, distribue  contre une modeste obole (3 $ canadiens) de quoi se nourrir pour quelques jours. La nourriture distribuée est principalement composée d’invendus, de fruits et légumes trop défraichis pour apparaitre sur les rayons et des restes de tous ceux (en particulier les hôpitaux et autres gros distributeurs de repas) qui veulent bien soutenir cette association. 

 

Quant à la clientèle bénéficiaire, elle est pratiquement uniquement composée de BS, c'est-à-dire de femmes et d’hommes au bénéfice du Bien-être Social (env. 700,- par personne, par mois, dès l’âge de 18 ans)  

 

Sauf qu’en Amérique du Nord, les publicitaires le répètent sous toutes les formes possibles des centaines de fois par jour : «Exister c’est consommer ». 

 

Voilà pourquoi, on  assiste, chaque 1er jour du mois, dès la réception du chèque mensuel, à une consommation effrénée et pathologique où chacun peut se lâcher et donc enfin exister…en consommant  sans modération !  Restaurants, locations de limousine, virées en discothèques et/ou au casino, tickets de loterie, achats de tickets de loterie, d’objets inutiles et autres babioles en tout genre, rien n’est trop beau, ni trop cher pour s’éclater… comme tout le monde… 

 

Et quand l’argent est dépensé (soit vers le 3 ou le 4 de chaque mois !) il est alors temps de faire appel aux banques alimentaires afin de pouvoir se nourrir d’ici au… prochain chèque. 

 

Le problème c’est que pour certaines familles, cela fait déjà 3 voire 4 générations que cela dure. Comment en effet avoir le goût du travail et le sens des responsabilités quand tu n’as jamais vu tes parents, tes oncles, tes cousines, etc. etc. se lever le matin pour aller gagner leur vie ? 

 

Il y a pourtant des travailleurs sociaux qui tentent de faire évoluer ces situations dramatiques en agissant  pour tenter (au moins) de sortir les enfants de ce cercle vicieux mais tous, ou presque, finissement par se brûler les ailes. Pauvre Madeleine, elle aussi est tombée dans le panneau, elle s’est engagée à fond, elle a essayé des approches différentes tout en luttant pour consolider son organisme, pour finir par réaliser qu’il n’y a aucune lueur d’espoir au bout du tunnel….

 

J’en entends déjà certains me rétorquer que l’état devrait arrêter de verser leur chèque  à ces profiteurs. Ok ! Mais pour leur proposer quoi à la place ? Rien ? La misère donc. Peut-être ? Mais il faudrait alors régler d’autres problèmes … en particulier de sécurité et cela risquerait  de… coûter encore plus cher !  

 

 

 

Pourquoi, je rends hommage à Madeleine, aujourd’hui ? Parce qu’elle le mérite d’abord mais également parce que l’association «Partage*» dans le cadre de ses 10 ans d’existence tiendra un stand la semaine prochaine à Balexert pour (encore mieux) se faire connaitre par les genevois. Passez les encourager !

 

Et puis, puisque le plein emploi ne reviendra vraisemblablement jamais, je me pose des questions sur ce que deviendront demain les enfants de celles et ceux qui aujourd’hui ne sont pas en mesure de trouver leur place sur le marché du travail…

 

 

 

*  http://www.partage.ch/

 

 

 

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Commentaires

@Vincent Strohbach on oublie trop souvent les franchiseurs ceux qui prêteront de l^'argent à certains rêveurs pour créer leur entreprise ou commerces comme des épiceries qui tous une fois ayant pris conscience de la réalité doivent travailler uniquement pour rembourser leurs prête et finir au chômage.
Et on ignore le nombre des piégés mais quand on voit la facilité avec laquelle de nos jours on arrive à berne les idéalistes .leur nombre doit être important
Très belle journée pour Vous

Écrit par : lovejoie | 20/06/2015

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