14/05/2017

10) Les segundos

Tu vois ma chérie, vendredi soir je suis tombé sur la version québécoise de l'émission "Un diner à la ferme". Le concept c'est l'accueil à tour de rôle de 6 autres candidats dans sa ferme et le jugement, notes à l'appui, de ceux-ci sur l'accueil et la qualité du repas servi. Après les premières saisons avec les paysans suisses romands, c'est parmi les paysans suisses émigrés au Québec que se déroule la saison 2017.

Tu comprendras par conséquent que cette émission me touche tout particulièrement. Mais le but de cette lettre n'est pas de revenir sur les aléas notre propre immigration mais bien d'essayer d'en tirer quelques généralités particulièrement frappantes.

La première, et je ne dis pas ça pour me dédouaner, c'est que des parents italiens et espagnols de mes amis d'enfance, aux portugais et autres kosovars que je fréquente professionnellement en passant par les parents asiatiques ou sud américains des enfants qui mangent aux cuisines scolaires dont je m'occupe, il apparaît que pour ceux qui ont quitté leurs pays une fois adulte, indépendamment de leur propres succès ou de ceux de leurs enfants, ce changement drastique de vie restera toujours une douloureuse déchirure. Seuls les plus motivés (ou les plus mal pris), les plus sociables et les plus courageux parviennent à l'endurer.

Il est vrai aussi que dans la grande majorité des cas, c'est d'abord et surtout pour des raisons économiques et/ou de sécurité que des familles fuient leurs pays pour tenter leur chance loin de leurs racines. Les exceptions qui, comme ta maman et moi, ont choisis l'aventure pour l'aventure, sont d'autant plus rares qu'il apparaît bien vite que cette expérience est particulièrement déstabilisante.


La bonne nouvelle et l'émission de l'autre soir en était une démonstration probante, c'est que la deuxième génération semble posséder d'un maximum d'atouts pour réaliser les rêves .... de leurs parents.

Armés d'une volonté hors du commun (voir, suivant les cas, d'un esprit de revanche), riches de leur double culture et d'une conscience aiguë du monde qui les entoure, les segundos (comme on les appelle ici) connaissent selon toutes les statistiques des succès bien supérieurs à leurs camarades "pure laine" (comme vous dites là-bas).

Voilà pourquoi, à part en France qui est l'exemple parfait de ce qu'il ne faut pas faire en terme d'intégration, il apparaît que l'immigration est un véritable tremplin pour les enfants de celles et ceux qui ont décidé (plus ou moins librement) d'aller voir si l'herbe est plus verte ailleurs.

Autant dire qu'avec le retour en force d'une certaine xénophobie nationaliste, cette réalité ne plait pas à tout le monde et ça aussi, ton frère et toi, vous devez le savoir....

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30/04/2017

9) La mémoire

Tu vois ma chérie, il semblerait que l'homme est ainsi fait que ses sentiments mais surtout ses ressentiments lui font perdre toute objectivité et même (et c'est ce qui m'inquiète) la mémoire.

J'en veux pour preuve ce qui se passe autour du deuxième tour des élections françaises ces derniers jours.

On peut comprendre que nos voisins se méfient d'un blanc bec qui étaient encore banquiers il y a 5 ans, l'homme est certes particulièrement instruit, cultivé et brillant mais a-t-il pour autant la carrure d'un chef d'état ? Les doutes sont légitimes

Sauf que, vois-tu, certains commentateurs détestent tellement Macron (où en tout cas, ce qu'il représente) qu'ils semblent avoir perdu la mémoire.

Ils ne se rappellent pas d'où vient la sorcière qui fait face au jeune loup aux dent longues. Une sorcière déguisée en princesse à la pêche aux voix et qui, advenant qu'elle en récolte suffisamment, pourrait bien, dès le 7 mai... à minuit, se transformer en méchante harpie.

Dire que cette sorcière est entourée depuis toujours d'esprits maléfiques, de diablotins et autres démons venimeux, c'est juste évoquer une réalité que beaucoup refusent d'admettre. Il suffit pourtant de se renseigner un tant soit peu sur l'entourage de la candidate d'extrême droite pour frissonner en imaginant qu'une once de pouvoir puisse échouer dans leurs mains.

Mais non, ça serait les soit disants marionnettistes qui se cacheraient derrière la révélation politique du moment les mal intentionnés. Ah bon ?

Sauf que, contrairement à la garde plus ou moins rapprochée de la fille Le Pen, ils ne sont pas xénophobes, identitaires, islamophobes, neo-nazis, paranos, antisémites, complotistes, belliqueux, négationnistes, racistes, ... eux.


Ce type de personnes convertis en partisans revanchards unis derrière un leader nationaliste qu'ils acclament en insultant ses opposants, ça ne te rappelle pas tes cours d'histoires ?

Les gens perdent la mémoire, je te dis !

 

Allez bonne anniversaire pareil et vive le printemps !

 

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23/04/2017

8) Lectures

Tu vois ma chérie, j'ai profité des congés de Pâques pour aller prendre l'air marin en Espagne et donc pour lire au soleil, rien de tel, en effet, que le bruit des vagues pour nous accompagner dans des univers différents. D'autant que de Sepulveda l'auteur chilien à Salman Rushdie qui raconte l'Inde en passant par le génie italien d'Umberto Eco et la culture de Michel Houellebecq, je n'ai cessé de changer d'horizon.

Et si, à chaque fois, j'ai été édifié par la sagacité exceptionnelle de ces auteurs, c'est le surprenant roman français "Soumission" qui m'a le plus particulièrement touché.

Ne serait ce que parce que j'y ai retrouvé la majeure partie des grandes (et moins grandes...) interrogations de ma génération. Et puis, la première partie du bouquin se déroulant durant les derniers jours de la campagne présidentielle française de.... 2022, cette dernière semaine était donc parfaite pour savourer dans toute son acuité ce roman d'anticipation plus drôle et cynique que prophétique d'ailleurs.

Car je te rappelle que le malheur (pour ce livre mais d'abord bien entendu pour les victimes) c'est que cette histoire d'élection d'un représentant de la fraternité musulmane à la présidence de la France est sortie... le jour même du massacre, au nom de l'islamisme, de l'équipe rédactionnelle de Charlie Hebdo.

Dans le genre, mauvais timing, difficile de faire pire. Résultat, les esprits des critiques et du public étaient visiblement (et logiquement) trop bouleversés pour réagir avec le recul nécessaire à la dernière provocation de Houellebecq.

Et si je te raconte tout ça, c'est pas forcément pour t'encourager à lire un livre qui m'apparaît comme particulièrement masculin mais bien pour te démontrer les risques que nous courrons à réagir à chaud face à des situations qui, comme le disait Mme Le Pen hier (lors d'une énième instrumentalisation du terrorisme), nous provoquent des "boules dans le ventre".

Dans ces moments là, c'est un silence respectueux voir même le recueillement qui devrait, en effet, accompagner nos efforts pour assimiler la réalité, puis (pour autant que nous ne soyons pas directement impliqués) pour parvenir peu à peu à dépassionner nos peurs.

Rien ne presse toutefois, mieux vaut une longue et parfois douloureuse (mais nécessaire) période d'affliction et de doutes plutôt que de sombrer bêtement dans cet état d'esprit (très tendance ces temps) de frustration rancunière et complotiste qui nous pousse, trop souvent, à commettre des fâcheuses erreurs de jugement.

C'est sans doute de celles-ci dont a été victime le livre de M.Houellebecq à sa sortie mais, Dieu soit loué, les œuvres d'art seront toujours plus durables que l'air du temps et gageons qu'à l'avenir d'autres trouveront également dans dans ce roman clairvoyant, cette subtilité qui m'a tellement séduit.

Allez, je te laisse à tes essais et autres thèses universitaires mais n'oublie pas de t'offrir un bon roman de temps en temps ! Ca fait tellement du bien de se laisser embarquer dans des histoires autres que les nôtres....

 

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09/04/2017

7) L'ONU

Alors cette "Modélisation des Nations Unies" (NMUN - 2017) comment ça se passe ? Tu crois que ta génération parviendra à redonner ses lettres de noblesse à cette vénérable institution ?

En tout cas, je suis rassuré de savoir que toi et les centaines d'autres étudiants en relation internationales venus du monde entier pour vous confronter au siège de l'ONU à New-York, vous apprenez d'abord et avant tout à ....négocier.

Après des années de quasi paix entre les grandes puissances détentrices de l'arme nucléaire, on a en effet la désagréable impression d'assister à une nouvelle surenchère entre dirigeants mégalomanes pour s'imposer comme étant celui qui a la plus grosse et imposante.... puissance militaire.

C'est d'ailleurs justement pour tenter d'anticiper ce type de réalité que l'ONU a été créée en 1945. C'était une belle utopie et pendant quelques années on a même pu y voire une démonstration probante de notre évolution, enfin les nations possédaient un outil permettant de prévenir les guerres plutôt que de les subir.

Sauf que, chassez le naturel, il revient au galop.

Il est vrai que si, depuis plus de 70 ans, les organisations internationales ont permis d'éviter et de résoudre de nombreux conflits, les opinions publiques retiennent surtout leurs échecs et, en particulier, les impasses inhérentes au droit de veto des états membres du conseil de sécurité.

Résultat, à force de gesticulations et autres errements de quelques pays, leaders autoproclamés, nous en sommes arrivés à cette situation où non seulement plus personne ne croit en l'efficience des organisations internationales mais, désormais, c'est leur financement et donc leur existence qui sont remis en question par l'arrivée au pouvoir de ces satanés populistes nationalistes.

Comme si supprimer les rares arbitres allait pousser les différents pays protagonistes à mieux respecter les quelques règles de cohabitation de base sur lesquelles ils sont, tant bien que mal, parvenus à s'entendre.

A moins, bien entendu, de vouloir imposer ses propres règles par la force (militaire et/ou financière)....

Alors certes tout n'est de loin pas parfait dans ces organisations de nations pas vraiment unies mais entre ces "machins" (De Gaulle) et la bonne vieille loi de la jungle, il me semble qu'il n'y a pas photo, non ?

À toi et à ta génération donc de nous démontrer que nous avons quand même un tant soit peu appris de nos erreurs passées et que les compromis et le discernement seront, demain, plus constructifs que les menaces et autres démonstrations de force.

Pour cela, il est certainement nécessaire d'inventer rapidement un nouveau mode de fonctionnement des organisations internationales. C'est le job que tu sembles t'être choisi, bravo mais autant dire qu'il y a du pain sur la planche....

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25/03/2017

6) Les islamophobes

Tu vois ma chérie l’autre soir, j’étais invité pour une bouffe de gars chez un de mes vieux copains et sur la route je réfléchissais aux arguments que je pourrais apporter en réponse aux thèses islamophobes qu’un des invités ne manquerait sûrement pas de nous asséner.
D'habitude c’est de manière virtuelle que je m’engueule avec ces gens là, pour une fois que je pouvais le faire lors d’un véritable échange, je voulais en profiter pour essayer de comprendre.

Car tu vois ce que je ne capte pas aujourd'hui c'est les raisons qui poussent les islamophobes à faire exactement ce que les islamistes attendent d’eux ?

Par la diffusion toujours plus décomplexée de leurs convictions, ceux-ci contribuent, en effet, à favoriser l’émergence d’un véritable sentiment anti-musulman dans l'opinion publique et, ce faisant, à jeter de l'huile sur un feu pourtant bouté par leurs ennemis jurés.

Sauf qu’à force de semer le vent, ils pourraient bien récolter la tempête. Et c’est là, que la finalité de leur combat m’échappe. Que les islamistes les plus radicaux répandent la terreur dans l'espoir que cela dérape suffisamment pour finir par provoquer une guerre civile entre des citoyens dit "de souche" et les musulmans cela semble désormais avéré mais que les islamophobes entrent dans leur jeux sans plus de réflexion, cela m'apparaît aussi désolant que périlleux.

D'autant que depuis un certain 11 septembre, où qu'ils résident sur la planète, il ne fait pas bon être musulman. A commencer, paradoxalement, par les pays dit musulmans où des partis islamistes profitent des tensions pour mettre en place des dictatures islamistes aussi liberticides que misogynes.
Quant aux musulmans qui demeurent chez nous, on peut sérieusement craindre que sous les coups de boutoir des actes terroristes monstrueux à répétition et des terribles amalgames qui en découlent, si personne n'arrive à détendre un chouïa l'ambiance, demain ils pourraient être de plus en plus nombreux à répondre au mépris dont on les abreuve par une forme ou une autre de radicalisation.

Voilà pourquoi, alors qu’il faut bien évidemment continuer à lutter avec toutes les armes possibles contre ceux qui ont décidé de nous terroriser en s’en prenant (les lâches) à des pauvres victimes innocentes, il me semble aussi que, les islamophobes, qui s’affirment pourtant tellement plus lucides et perspicaces que la moyenne, devraient finir par réaliser que plus ils parviendront à diaboliser la religion musulmane, plus ils seront entendus et suivis, plus les "stratèges" de Daech et autres mouvances islamistes verront leurs machiavéliques prières exaucées.

Le piège est pourtant grossier mais une fois de plus, comme si l’histoire n’avait servi à rien, en stigmatisant, en méprisant et en insultants une religion (qui représente le quart de la population mondiale) la fachosphère est bêtement en train de nous tirer une fichue balle dans le pied.

 


Finalement avec mes vieux potes, on a parlé de Federer, de vin, de maladies, de foot, de voitures, de bouffe mais aussi des soucis que nous causent nos.... parents. Même l’attentat de Londres qui s’était pourtant déroulé durant la journée n’a pas été évoqué. Visiblement tout le monde voulait passer une belle soirée...

Allez, porte toi bien ma chérie, sois prudente lors de ton séjour aux États-Unis car comme les islamophobes ici, ils sont un peu tous à cran en ce moment, là-bas....

 

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12/03/2017

5) Utopies

"Une utopie est un projet réalisable qui n’a pas encore été réalisé " T. Monod

Je sais que tu es très prise par tes études mais si tu en trouves le temps, je ne saurais que trop t'encourager à t'intéresser à celui qui est, selon moi, le plus extraordinaire candidat à l'élection à la présidence de la "Froonnce" depuis longtemps.

Extraordinaire dans le sens si différent des ordinaires hommes et femmes politiques que j'observe depuis des années.

Bon, comme toujours avec la gauche, j'ai pas mal de peine avec un certain dogmatisme économique et autant dire que sur ce sujet au moins, j'ai des doutes.

Mais sur l´avenir et ses nouveaux défis, quelle lucidité, quelle capacité à voir plus loin que .... la prochaine échéance électorale.

Trop loin d'ailleurs, ses propositions ont juste 20 ans d'avance et du coup j'ai bien peur que celles-ci n'atteignent finalement que ta génération et quelques indécrottables utopistes optimistes dans mon genre.

Toujours est- il, qu'à condition que le malheureux épisode de conservatisme nationaliste qui s'en vient ne provoque pas (trop) de guerres dont nous mettrions des années à nous relever (ou pas), je pense sincèrement que dans 30 ans, lorsque tu auras mon âge, l'allocation universelle sera devenue une évidence et votre relation à l'autre, au travail et à la planète sera totalement différente.

Car rassure-toi toi la période Orban, Duterte, Trump & Friends ne devrait être qu'un regrettable...feu de paille. À condition bien entendu que le vent de l'histoire ne le disperse pas trop....
Une fois arrivé au pouvoir, nos démagogues se révèlent, en effet, si lamentables qu'il apparaît très vite qu'ils ne sont, en fait, capables que de dénoncer, stigmatiser et mépriser... Ça peut servir à les rendre populaires certes, sauf que ça fait quand même un peu court pour diriger l'exécutif d'une ville, d'une région ou pire d'un pays, non ?

Quoi qu'il en soit, l'espoir (pour les Français en tout cas) c'est donc pour ... après demain, lorsque les ambitions démocratiques, environnementales et sociétales de .... Benoît Hamon pourront alors être mises au service d'une population consciente que sa qualité de vie dépend de sa capacité à maîtriser suffisamment la technologie pour en faire un merveilleux outil d'émancipation personnelle et collective.

C'est, en tout cas, ce que vise (entre autre...) ce candidat aussi charismatique qu'humble et brillant, mais qui, encore une fois, arrive beaucoup trop tôt pour être élu par une population gauloise visiblement peu disposée à le suivre dans ses utopies.

N'empêche que c'est le seul qui a une vision réaliste (et... humaniste !) pour ta génération !

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01/03/2017

4) Changement de paradigme ?

Tu vois ma chérie,  l’autre soir j’entendais Marine Le Pen nous expliquer que nous étions en train de changer de paradigme, nous serions en train de passer du mondialisme au patriotisme.

 

Bon d’abord, selon moi, le mondialisme ça ne veut rien dire, il y a en effet d'un côté ces mondialistes néolibéraux impatients de voir des sociétés comme Google, UBS, Goldman Sachs, Apple ou encore l'Industrial and Commercial Bank of China, Shell ou Volkswagen imposer à la planète leur vision globalisée (et ô combien intéressée) d'une gouvernance mondiale. De l'autre côté de la rue, il y a ceux qui les combattent, ces altermondialistes  convaincus que l'avenir est dans une plus juste répartition des richesses au nom d'une solidarité internationale (encore à bâtir) dépendant de la capacité du plus grand nombre à prendre conscience des inégalités  grandissantes entre les pays riches et les pays pauvres, entre les villes et les campagne ou encore entre les vainqueurs et les perdants de nos sociétés.... néolibérales.

 

Pour le patriotisme c’est plus simple et si aujourd’hui celui-ci est pris en otage par les populistes au nom d'un protectionnisme simpliste car totalement déconnecté d'une globalisation pourtant difficile à ignorer, il est vrai aussi que, mondialisation ou pas, stigmatiser les différences afin d'attiser un patriotisme belliqueux a toujours été une stratégie pour le moins efficace, particulièrement en temps de crise...

 

Quoi qu’il en soit, le vent semble bel et bien en train de tourner et on pourrait donc assister ce printemps à la confirmation de ce changement de paradigme avec l’élection à la présidence française de celle qui se plaît à l’annoncer.

 

En même temps, je ne peux croire qu'après avoir goûté à cette liberté extraordinaire que signifie aussi la mondialisation, après avoir, depuis Montréal, échangé des recettes japonaises avec ta cousine de Plan-les-Ouates  (au moyen du portable Apple  fabriqué en Chine que tu as posé sur un meuble suédois pour boire un café italien), puis envoyé un lien de musique colombienne à cette amie de Mumbai, que tu as connue à Liverpool et que tu rejoindras bientôt  à Riga, ... tu puisses, un jour, te retrouver confinée dans les limites géographiques, virtuelles, intellectuelles et culturelles de ton pays, aussi grand et multiculturel soit-il. 

 

Oui je sais cela ne semble absolument pas envisageable, sauf que protectionnisme contre protectionnisme ça aboutit fatalement à des mesures de rétorsion, puis aux boycotts, puis à la disparition de certains produits des rayons, puis à la pénurie, puis à ... la guerre.

 

Mais ne t'inquiète pas ma chérie, on n’en arrivera pas là, on n'est pas si irresponsables.... du moins je l'espère  ! 

13:48 Publié dans Lettres à ma fille | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Facebook | | | |

11/02/2017

3) Le dernier des Mohicans ?

Tu vois, ma chérie, en te consacrant ce blog cela me permet de lever le nez du guidon et d'élargir mon horizon plutôt que de me focaliser sur une actualité locale qui finit d'ailleurs par être un peu partout la même. Les différences étant juste une question de temps mais aussi d'un traitement toujours plus influencé par les attentes de l'opinion publique.

Par exemple, si tu demandes aux gens d'ici ce qu'ils pensent de l'attaque de la mosquée de Québec c'est, dans leur grande majorité, un nouvel attentat implicant l'Islam qu'ils ont retenu. Que cela soit, en fait, l'histoire d'un petit con de facho virtuel qui a testé le réel en buttant des musulmans innocents; personne (ou presque) ne semble vouloir l'entendre.

Pendant ce temps, chez toi, il semblerait que cela soit, au contraire, contre les radios et autres éditorialistes qui attisent la haine et le rejet de l'autre (et en particulier des musulmans) que se sont concentrées les critiques ces derniers jours. Dieu soit loué, en Suisse nos médias "mainstream" ne sont pas encore tout à fait tombés si bas mais à partir du moment où la fachosphère a déjà envahi les réseaux sociaux, cela ne devrait pas trop tarder.

Quoi qu'il en soit, tu peux, paradoxalement, t'estimer "ben" chanceuse de vivre dans ce qui semble être désormais le dernier pays où (grâce entre autre à ce premier ministre si différent que vous avez eu la sagesse d'élire) les réfugiés de guerre ne sont pas systématiquement perçus comme des profiteurs ingrats, des terroristes potentiels ou encore des violeurs en puissance.

Bon, il est vrai aussi que vous avez nettement plus de place que la moyenne pour accueillir les victimes des conflits du moyen orient et que l'immigration (ô combien variée) constituera toujours le socle du génie nord américain.

N'empêche que la question qui se pose c'est de savoir si Justin Trudeau, homme politique humaniste par excellence (depuis quand c'est un défaut ?), va pouvoir faire face au protectionnisme archaïque dicté par le nouveau shérif de son tout puissant (et unique) voisin tout en résistant aux pressions de tout ceux qui le traitent sans vergogne de "collabo islamiste".

Autant te dire que je n'en suis pas certain, c'est pourquoi je prie pour que, dans quelques années, tu ne réalises pas que le premier premier ministre que tu as élu était en fait ... le dernier des Mohicans.

 

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28/01/2017

2) Femme du 21ème siècle

N'oubliez jamais qu'il suffit d'une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devez rester vigilantes votre vie durant. Simone de Beauvoir

 

Tu sais ma chérie mon gros souci, c'est toi. Toi qui débute ta vie de femme sur une planète où des hommes continuent à penser qu'en tant que mâles, ils auront toujours des droits sur vous.

On connaissait déjà ces extrémistes en tout genre qui utilisent leur religion ou leurs traditions antiques pour légitimer leur emprise sur leurs femmes sauf que, cette fois ci, c'est (à nouveau) au niveau politique que des hommes semblent vouloir asseoir leur domination.

Par exemple, la semaine passée à Paris se tenait une monstre manifestation contre, tiens-toi bien,… l'avortement. Oui, oui, en France en 2017 !?

Mercredi, c'est l'ineffable Donald qui nous a signé un décret sur le même sujet en interdisant et stoppant tout financement d'associations en lien avec le contrôle des naissances.

Quant à la fachosphère depuis une semaine, elle se déchaîne en publiant des textes d'une misogynie digne des pires islamistes en réaction à la spectaculaire marche mondiale des femmes (as-tu participé à celle de Montréal ?) du lendemain de l'investiture étasunienne.

Bref, j'aimerais me tromper mais j'ai bien peur que pour les femmes de ta génération aussi (la première du 21ème siècle) rien ne soit jamais vraiment acquis. Visiblement vous n'êtes toujours pas, culturellement et majoritairement, considérées comme les égales de l'homme.

Certes, ça se passe mieux chez toi, ne serait-ce qu'en fonction de votre fameux premier ministre pour qui, comme pour tant d'hommes (Dieu soit loué !), la question de l'égalité ne se pose même pas.

Mais tes copines et toi vous devez faire gaffe pareil aux gros cons imbus de leur pseudo supériorité, ils grouillent, ils grondent et ils méprisent tout ce que vous êtes... ou presque.

D'autant qu'ils ont désormais un guide particulièrement visible pour leur montrer la voie.

 

09:06 Publié dans Lettres à ma fille | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Facebook | | | |

17/01/2017

1) La vérité

Tu sais c’est d’abord pour toi et pour ton frère, tes sœurs, tes cousins et tout vos amis que je tiens ce blog. En effet, j'ai tellement honte des dettes et de l’état de la planète que ma génération va laisser à la vôtre que je me sens le devoir d’exprimer publiquement mes indignations, mes coups de cœur et surtout mes préoccupations quant à l’évolution de nos pays dits civilisés. Et si je suis parfaitement conscient des limites de l’exercice, celui-ci me permet toutefois d’avoir un peu moins mauvaise conscience.

Contrairement à certaines accusations, je n’ai, cependant, aucune doctrine ou autre morale à défendre, ni rien à vendre. Je sais juste que rien n’est jamais tout noir ou tout blanc et que plus les avis sont tranchés, plus le doute est absent, plus on est face à la bêtise.

Il est vrai aussi que je me battrai toujours pour la paix. Cela semble être une évidence mais apparement, ça l'est de moins en moins. Cette paix dont nous bénéficions depuis plus de 60 ans serait, à en croire la fachosphère, qu'une autre de ces chimères de bobos.

Quoi qu'il en soit, il apparaît que suite à la crise migratoire sans précédent que nous traversons et à l'apparition d’un "état" islamiste et de ses monstrueux ambassadeurs qui sèment la mort et la peur, les populations ont de plus en plus tendance à se diviser en deux camps visiblement inconciliables.

Pour simplifier, je dirais qu'il y a d’un côté ceux qui sont convaincus que derrière chaque réfugié se cache un terroriste potentiel et de l’autre ceux qui continuent à croire que le niveau de notre évolution dépend de la réalité de l’ensemble des peuples de notre planète.

Dois-je te préciser que les premiers sont les plus véhéments ? Et même si l'accueil des migrants se déroule un peu mieux dans ton immense pays, tu seras d'accord d'admettre que chez toi aussi, ça pue les prémices d'une affreuse guerre idéologique, non ?

Je ne sais pas trop comment celle-ci va évoluer ni où elle va nous mener mais je ne te cacherais pas mon inquiétude car il est malheureusement certain (et il suffit de surfer quelques minutes sur Internet pour que cela saute aux yeux) que la première victime d'un conflit est encore et toujours ...la vérité.

 

 

Voilà, ma chérie, en ce début 2017, on en est là donc.
Mais bon tu connais la devise de la ville où tu es née, ou bien ?
Elle dit "Post Tenebras Lux" ....

 

 

 

 

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22/12/2016

Le meilleur

Oui je sais il se passe plein de choses plus graves mais il n'empêche qu'en ce qui me concerne la nouvelle la plus triste de la semaine est quand même le départ pour toujours du prodigieux Mix & Remix.

Avant mardi matin, je ne savais même pas qu'il était malade, son décès m'a sacrément surpris. Comment ça il est parti ? Ce n'est pas possible, pas maintenant, pas juste au moment où les réacs  contre-attaquent alors qu'on a plus que jamais besoin de son regard.... 

Qui va se moquer des égos de Trump, Poutine et ... Decaillet ? Qui  saura ridiculiser les xénophobes ? Qui apportera d'un mot et d'un coup de crayon la pointe d'humour nécessaire aux rébarbatives brochures officielles et autres ouvrages pédagogiques en tout genre ? 

C'est bizarre, il était partout mais au lieu de lasser, ses dessins apparaissaient au contraire comme des évidences. Sa seule présence apportait  une véritable plus-value aux médias qui l'employaient. C'est bien simple, j'ai arrêté l'Hebdo le jour où je n'y ai plus trouvé sa page. Quant à sa participation à Infrarouge, elle permettait de tout faire passer, même les immuables présences de Freysinger dont on savait, alors, qu'il n'échapperait pas au coup de crayon caustique du génial dessinateur romand. 

Bref, l'absence de cet extraordinaire dialoguiste m'est déjà insupportable et la seule chose qui me console c'est de savoir qu'il a rejoint le Paradis des dessinateurs et qu'avec Cabu, Wolinski et tous les autres, il devrait bien se marrer.

Merci pour tout et À Dieu donc Mix, tu étais le meilleur ! 

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12/12/2016

Révolution ou recommencement ?

Pour cette fin d'année, je crois qu'en dehors du foot anglais, je vais éviter de regarder la TV, histoire de m'épargner les traditionnelles revues de l'année et autres meilleurs moments de 2016.

On a déjà que trop vu et entendu ce qui s'est passé depuis 12 mois; de la victoire de Duterte aux Philippines à celle de Trump aux Etats-Unis en passant par le Brexit et les représailles d'Erdogan, sans parler de Nice, d'Alep, d'Orlando et de partout ailleurs où des innocents ont payé le prix fort de la barbarie....

C’est d’ailleurs cette barbarie qui semble le mieux incarner l’air du temps. Cette haine tenace qui efface tout les repères pour s'exprimer avec une férocité indigne de notre pseudo évolution. Malheureusement, aujourd’hui comme hier, il suffit apparemment de quelques étincelles pour voir des agneaux se transformer en loups.

Quoi qu'il en soit, si certains commentateurs estiment candidement que nous amorçons une banale révolution conservatrice parfaitement démocratique, il apparaît en fait que nous devons faire face au grand retour d'un nationalisme populiste belliqueux tristement célèbre. Heureusement, Poutine mis à part, personne ne parle encore d'expansion, mais on connaît les effets de la surenchère nationaliste et rien ne semble donc impossible. Et ce n'est pas les étasuniens qui diront le contraire…

Dieu soit loué qu'il y a quand même eu cette année quelques nouvelles rassurantes, à commencer par le "sursaut républicain" autrichien. Même si celui-ci est surtout une nouvelle démonstration que les populations sont plus que jamais divisées. D'un côté ceux qui veulent croire que la relative stabilité géopolitique que nous avons connu depuis la fin de la deuxième guerre mondiale n'était pas qu'une parenthèse enchantée, de l’autre ceux qui sont convaincus que la célèbre affirmation de F. Mitterrand comme quoi "Le nationalisme c'est la guerre" n'est qu'une autre manifestation de l’imbécillité naïve de ces bobos, utopistes, bisounours et autres "sales gauchistes" en tout genre.

Toujours est-il que même si elles sont encore partagées par quelques médias et autres (si décriées) élites, les fameuses convictions humanistes et pacifiques auxquelles nous nous sommes accrochés ces dernières années apparaissent aujourd'hui comme désuètes voir irresponsables. C'est en tout cas la conviction d'un nombre grandissant de citoyens persuadés que le chacun chez soit, l'intolérance, le protectionnisme et l'égoïsme sont les nouvelles "valeurs" sur lesquelles il faut, désormais, juger et élire nos politiciens.

Oui, je sais, ça fait peur et c'est pourquoi je m'accroche à l'idée que, quelques soient les conclusions désespérantes qu'on peut tirer des événements que nous avons connu durant l'année qui s'achève, rien n’est perdu, la petite moitié des citoyens qui ose (encore) dire non à l’extrême droite va finir par se rebiffer....

En ces temps de Noël, un peu d'espérance ne peut pas nuire, non ?

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24/11/2016

Pensée dominante

Il faut arrêter avec cette dénonciation systématique de la pensée unique. D’abord c’est quoi exactement la pensée unique ? Je veux bien qu’il y ait eu durant ces dernières années une pensée dominante dite humaniste qui a effectivement influencé un certain nombre de politiciens, d’intellectuels et de médias (en particulier ceux du service publics) mais depuis quand la solidarité et l’ouverture aux autres sont ils répréhensibles ?

Cela semble pourtant être l’avis de ces populistes, nationalistes, identitaires et autres néo conservateurs en tout genre pour qui ces «chimères» seraient parfaitement irresponsables.  Autant dire qu’ils ont le droit d’en être convaincus, mais, dans ce cas, qu'ils acquièrent des sites internet, des chaînes de TV et/ou des journaux pour nous expliquer comment ils comptent, à leur tour, faire rêver notre jeunesse et lui donner le goût d’oser, on verra bien alors s’ils sont capables de séduire la majorité des opinions publiques.

Certes, il apparait que les valeurs morales ne font  plus gagner des élections. Aujourd’hui, la tendance est, au contraire, au nationalisme belliqueux et à ce protectionniste qui semble tant rassurer une classe moyenne, principale victime, il est vrai, d’une mondialisation injuste qu’elle n’a jamais choisie. Sauf que pour lutter contre la globalisation de la planète, il va falloir commencer par revoir notre utilisation d’Internet et notre rapport avec les entreprises qui y prospèrent. Sans parler des choix citoyens consistant, entres autres, à opter pour des produits de consommation fabriqués dans nos propres pays. Pour le fromage, ça devrait le faire mais pour le reste, ça risque d’être un peu plus compliqué. 

Quoi qu’il en soit, tout ceux qui (comme D. Trump et M. Le Pen et… l’UDC) viennent nous expliquer qu’on doit revenir au bon vieux temps du chacun chez (et pour) soi, sont soit des grand naïfs, soit, c’est plus probable, des petits malins qui ont compris comment exister en surfant sur les frustrations bien réelles de celles et ceux qui sont particulièrement touchés par les inévitables retombées d’une mondialisation plus économique, c’est certain, que sociale.

Personne ne dit qu’il n’y a rien à faire et que les délocalisations sont inéluctables, c’est juste qu’il apparait, aujourd'hui,  bien difficile d’imposer un protectionnisme borné à des pays qui n’ont jamais été aussi interdépendants. Sans parler que cette manière d’envisager l’avenir semble particulièrement incompatible avec l’évolution technologique de nos sociétés.

Mais bon, les opposants de la « pensée unique» actuelle ont apparemment une nouvelle pensée dominante à nous vendre, qu’ils se lâchent alors, ils ont le "momentum" pour eux et il ne manque plus que des démonstrations véritablement percutantes du bien fondé de leur compréhension du monde.

Autres que des guerres, bien sûr !

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12/11/2016

Le pire

Après le référendum du 9 février 2014, après le Brexit, voilà encore une votation gagnée grâce à des mensonges. Quoi que pour Trump, ceux-ci sont encore à venir. Parce que si investir de l'argent public dans les infrastructures et baisser drastiquement les impôts constituent deux séduisantes promesses électorales, celles-ci n’en sont pas moins contradictoires et le nouveau président américain devra fatalement en sacrifier une. A moins qu'il décide de payer la réfection du réseau routier des USA avec …sa fortune, sa grande fierté.

Je plaisante mais il est apparemment capable de tout cet homme là, même de l’emporter face à la quasi-totalité des médias de son pays et à l’effroi provoqué par ses discours ô combien simplistes, agressifs et provocateurs.
C’est même une véritable démonstration qu’il a offert aux apprentis populistes de la planète; plus vous êtes grossier et outrancier, plus vous séduisez cet électorat qui se sent abandonné et qui se reconnait donc dans les dénonciations et autres vociférations démagogiques.

Mais bon, tentons d’être positifs en se disant que,finalement, la victoire de Trump est peut être une bonne nouvelle pour les pays aux prises avec leurs propres populistes. Une fois le pouvoir acquit, cette déroutante façon de faire de politique pourrait , en effet, vite démontrer ses cruelles limites. C'est facile de caresser les électeurs dans le sens du poil, de clamer haut et fort des idées toute faites, aujourd’hui cela suffit visiblement pour se faire élire mais de là à savoir gouverner en toute impartialité c’est une toute autre histoire. D’autant que les attentes (de celles et ceux qui ont cru voir un sauveur dans le richissime promoteur immobilier et star de télévision) sont immenses. Il va donc vite devoir livrer la marchandise le Donald, sauf qu’avec tout ce qu'il a promis, il y aura fatalement des frustrés.

A commencer par ceux qui espèrent que, du jour au lendemain, les femmes et les hommes les plus éduqués, instruits et diplômés disparaitront des écrans comme par enchantement. Car si c’est effectivement très tendance de s’en prendre à ceux qui réussissent dans les médias, la finance, l’industrie, la politique et pire les universités, ceux qui forment cette désormais célèbre «élite autoproclamé» qui serait source de tout les maux, encore faudrait-il que ceux qui dénoncent cette caste (tout en en faisant bien souvent partie) nous explique qui va la remplacer. Quelques rednecks racistes et cow-boys belliqueux diplômés en maniement d’armes ? Ou d’autres intellos et entrepreneurs … mais d’extrême droite cette fois-ci ?

Quoi qu’il en soit, pour le moment le seul mot d’ordre qui apparait raisonnable, c’est «Wait and See». Attendons de voir si les agissements du nouveau président des USA seront aussi irresponsables que ses promesses avant de l’accabler. Visiblement M. Trump a été assez malin pour comprendre comment se faire élire, peut-être le sera-t-il aussi pour diriger son pays sans conséquence funeste. C’est tout le mal qu’on souhaite à ces sacrés américains décidément capables du meilleure …comme du pire.

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28/10/2016

Sortir du nucléaire et vite !

Je ne sais pas si vous vous rappelez de Deepwater, cette plate-forme pétrolière située dans le golfe du Mexique qui avait explosé en avril 2010.

Pendant plus de 5 mois on avait assisté à un nombre incalculable de tentatives pour colmater une extraordinaire fuite de pétrole (780 millions de litre)  dans l’océan. Ce qui frappait à l’époque c’est que personne ne semblait avoir prévu qu’une telle catastrophe pouvait arriver et il n’y avait donc aucun plan de secours prévu. Les meilleurs ingénieurs de la planète ont donc été envoyés sur place et chaque semaine on assistait à une nouvelle tentative pour remédier à ce désastre écologique.  

C’est durant ces mois là, que j’ai (enfin) pris conscience de la totale immaturité de ces industries toutes puissantes qui engendrent visiblement trop d’argent pour perdre leur temps à prévoir un éventuel accident, aussi catastrophique qu'il puisse être. 

On avait pourtant déjà eu quelques doutes avec la catastrophe de Tchernobyl  en  1986 mais à l’époque tout le monde avait reporté la faute sur un régime soviétique en bout de course. Et puis il y a eu Fukushima. Une fois encore, ce qui était frappant, c'était l’absence totale de plans de secours, l’incompétence affichée des responsables et l’improvisation qui en avait suivi.

Sauf que visiblement cela n’a pas suffit pour nous dégouter de cette industrie. Aujourd'hui, 5 ans après Fukushima, il apparait que les milieux écologiques suisses qui ont la clairvoyance de réclamer la sortie du nucléaire pourraient, contre toute logique, ne pas convaincre la majorité des Suisses de les suivre dans ce qui apparaissait pourtant comme une évidence en 2011. 

C’est qu’entre temps, on a eu d’autres préoccupations et l’industrie nucléaire et ceux qui  la soutiennent ont donc repris la main. Tu penses, il y a tellement d’argent en jeu que rien, ni personne n’est trop cher pour persuader la population que non, il n’y a aucun danger et que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Autant dire que personne ne souhaite qu’une nouvelle catastrophe nucléaire survienne  sur la planète et encore moins chez nous où nous exploitons pourtant la plus vieilles centrale nucléaire en activité du monde. N’empêche qu’advenant des problèmes, il y en a certains qui devront assumer leur myopie. 

En soit, je n’ai pourtant rien contre l’industrie nucléaire, j’y serais même favorable le jour où cette technologie sera enfin ... parfaitement maitrisée. Lorsque que cette industrie  sera capable de combattre efficacement les accidents majeurs mais aussi d'éliminer les tonnes de déchets produits par ses centrales. Sauf qu'on n'en est visiblement pas là, même démanteler semble problématique…

Voilà pourquoi, dans l’attente d'hypothétiques progrès significatifs, il me parait urgent de dire haut et fort STOP à cette énergie ô combien dangereuse en votant OUI à la sortie du nucléaire le 27 novembre prochain.

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23/10/2016

Retour vers le passé

Deux faits marquants m’ont interpellé suite à la dernière dispute publique (un débat c’est quand même autre chose, non ?) entre H. Clinton et D. Trump.

D’abord, il apparaît qu’aux Etats-Unis, pays qui se veut pourtant exemplaire en terme de modernité et de Liberté, il y a encore des débats d’un autre siècle. Les citoyens étasuniens ont, pourtant, le droit d’avoir chacun une arme à la maison, d’assumer publiquement leur religion (que cela soit par rapport au choix d’école ou de signes ostentatoires), de produire et fumer librement de la marijuana dans certains états, de rendre des enfant adoptés ou d’être euthanasiés dans d’autres, de gagner de l’argent sans être entravés par des centaines de contraintes étatiques, d’avoir des comportements et autres hobbys aussi décadents que parfaitement débiles, etc. etc.

Et pourtant, parallèlement à ces réalités, on assiste à chaque élection présidentielle au retour du sempiternel débat sur … l’avortement. Leçons de morale (?) à l’appui, on peut, en effet, compter sur la constance du parti républicain pour remettre systématiquement en cause le droit des femmes à disposer de leur propre corps. Oui, oui, en 2016 encore, comme dans le… Califat !

 

Quoi qu’il en soit, l’autre point qui m’a frappé c’est le refus annoncé de Donald Trump de reconnaître sa possible défaite le 8 novembre prochain. Oh, ce n’est pas tant lui le problème, certes c’est une grande gueule imbu de lui-même qui supporte sûrement très difficilement d’être un looser mais bon, si simplistes que soient ses propos, il reste relativement inoffensif.

Non la vraie question c’est bien de savoir si ses électeurs et autres fans inconditionnels, rendus aussi frustrés que vengeurs par une défaite qui leur serait présentée comme frauduleuse, seront capables de ne pas sombrer dans la violence. En général c’est plutôt dans les pays africains à la démocratie chancelante que le refus (légitime ou non d’ailleurs) de concéder la victoire à son adversaire fini par provoquer de féroces guerres civiles. Jusqu’à jeudi matin, je croyais (naïvement) les USA à l’abri de ce genre de dérive, mais là…

Lorsque qu’on sait les impasses financières de cette classe moyenne étasunienne si incitée à consommer pour exister (et donc à dépenser beaucoup plus qu’elle ne gagne), lorsqu’on prend conscience que  celle-ci est convaincue que c’est autant à cause de la mondialisation que de l’influence perverse des élites financières et… des abus des communautés minoritaires que leur sacro-sainte « American way of life » n’est plus, aujourd’hui, qu’un glorieux souvenir, on peut légitimement craindre les réactions virulentes de certains rednecks, advenant que leur pseudo sauveur soit sèchement renvoyé à ses affaires immobilières.  

Pour prévenir cela, il serait bon que notre populiste de service fasse donc, exceptionnellement, preuve d’un minimum de sagesse mais, apparemment, c’est trop lui demander.

Prions donc pour que son irresponsabilité vaniteuse ne finisse pas par se retourner contre son pays… qui ne serait plus « Great » du tout, pour le coup !

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18/10/2016

Gare au populisme !

C'est clair qu'à force d'être effrayés par le simplisme des promesses de D. Trump, on a tendance à oublier que face à n'importe quel politicien un peu moins charlatan, Mme Clinton serait battue. Son programme est tout sauf sexy et quant à elle, je veux bien qu'elle ait été la cocue la plus célèbre de la planète mais elle n'en est pas devenue plus charismatique pour autant. Bref, c'est vraiment par défaut qu'elle risque d’être élue.

Parce que le problème avec Donald Trump, c'est non seulement son inexpérience politique liée à sa conviction d'être plus malin que tout le monde qui pourrait vite coûter très cher à son pays, mais c'est aussi parce que l’éventuelle victoire de celui qui est une caricature vivante du populisme ambiant pourrait bien faire tâche d'huile. 

Après Duterte, Trump et Marine Le Pen, on pourrait alors assister à la prise du pouvoir par d’autres pourfendeurs des élites en place qui ont compris à quel point il est aisé de surfer sur les frustrations, les peurs et les difficultés financières des classes laborieuses...de souche.

Bien entendu celles-ci ont le droit de choisir qui elles veulent pour les représenter sauf que croire, par exemple, que les entreprises de charbon et/ou de métallurgie qui ont quitté nombre d'états américains ou encore le nord de la France vont revenir pour investir des millions juste parce que des accords internationaux seront dénoncés par celui ou celle qu'ils auront élu me semble pour le moins relever d'une coupable crédulité.

Car c'est bien ça le souci, bien sûr que personne ne peut être contre et si on peut compter sur l'autodiscipline des toujours plus nombreux abstentionnistes qui assument leur désintérêt (ou leur désenchantement ?) de la politique, il reste qu'en ces temps du « trop d’information tue l’information », de surconsommation pathologique, d'individualisme effréné, de risque zéro, d'immigration massive et de crise identitaire, etc. je ne suis pas certain que les choix égoïstes de populations toujours plus flattées, voir dupées, renforcent vraiment la démocratie. 

En osant affirmer cela, je vais me faire reprocher un certain élitisme. Et bien soit, j’assume, je ne fais pas de politique, je ne suis pas journaliste, je n’ai rien à vendre et donc aucune raison de caresser la population dans le sens du poil en lui faisant croire qu’elle a et qu’elle aura toujours raison. Au risque de choquer, je persiste donc à penser qu’en ces temps difficiles tout particulièrement, ce sont les plus brillants et les mieux formés d’entre les politiciens, ceux qui sont capable d’avoir un certain recul et une hauteur de vue qui demeurent les plus à même de guider leurs pays vers l’avenir.

Voilà pourquoi, afin de prévenir les inévitables dégâts provoqués par des grandes gueules qui se contentent, au contraire, de suivre bêtement le peuple dans ses élucubrations, il serait préférable qu’un certain populisme nationaliste, démagogique, simpliste et mensonger ne triomphe pas le 8 novembre prochain.

Histoire d’avoir quelques mois de répit….

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16/10/2016

Accro

C’est bizarre la politique, c’est de moins en moins sérieux et de plus en plus people, toujours moins rationnel et toujours plus émotionnel, des journalistes qui la couvrent aux politiciens qui en font une fin en soi, aucun ne semble disposé à être un tant soit peu objectif, chacun prêche pour sa paroisse, personne ne semble avoir le temps de prendre un peu de hauteur et de recul, tout est dans l'instant, dans la petite phrase percutante, dans les tweets innombrables et autre "punchline". Bref, c'est bien difficile d'y croire encore et pourtant cela continue à me fasciner.

Combien de fois, je me suis pourtant dit, laisse tomber, contente toi de te tenir informé pour ne pas voter n’importe comment mais concentre toi sur ce que tu aimes vraiment ! Pendant quelques temps alors, j’arrête d'espionner les pages Facebook ou les sites internet de mes ennemis jurés et je me lance plutôt à l’assaut d'énormes romans, je me passionne (encore plus) pour le sport et je me contente de refaire le monde avec avec mes amis et ma famille autour de bons repas et je me dis que, finalement, c’est ça la vie.

Sauf qu'en bon accro, à chaque fois je rechute. Il suffit d'élections dans des pays qui comptent, d’une campagne référendaire contre le nucléaire, d’un nouveau délire xénophobe, du retour des nationalistes et me voilà à nouveau passionné, énervé, motivé, désireux de comprendre, de disséquer et, pire....de partager mon avis grâce à ce blog.

Bien sûr, je suis conscient des limites de l’exercice, de l’influence forcément limitée que mes réflexions subjectives peuvent avoir sur les quelques amis et connaissances qui me font l’honneur de me lire. Mais voilà, c’est plus fort que moi, en tant que père, beau-père, oncle, grand cousin, copain, voisin et collègue d'une si belle jeunesse, j'ai bizarrement l'impression que mon le devoir consiste à prévenir et à dénoncer des partis, des situations ou des choix qui, selon moi, finiront par péjorer leur avenir.

J'aimerais tellement que leur génération puisse (elle aussi) se battre pour plutôt que contre !

 

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01/10/2016

Mouvement perpétuel

Dimanche passé les genevois ont eu la mauvaise idée de se voter une augmentation d'impôts juste pour bêtement agacer les frontaliers. Ok, ma foi ! 

Au moins personne ne peut se poser la question de savoir où passe notre argent. Il n'y a qu'à tenter de circuler en ville pour le constater ou plutôt le subir. C'est vite vu; il y a des trous, des machines, des ouvriers, des barrières, des feux provisoires (c'est vrai qu'on n'en a déjà pas assez), des bouchons, des rues barrées ou défoncées partout, partout et ... partout. Voilà qu'on nous annonce maintenant qu'on va fermer l'avenue de Frontenex jusqu'à Noël après s'être déjà attaqué à la rue du Grand-Pré... Allons !! 

Du coup, nous assistons à une véritable ruée vers l'or des entreprises de génie civil, celles-ci nous arrivant de tout le pays  pour défoncer nos routes puis... les reconstruire plus belles qu'avant ! 

Car, en effet, comment n'être pas, quelque part, rassuré d'observer que nos impôts servent aussi à nous permettre d'être fiers de la qualité de nos infrastructures ? C'est clair que ça coûte cher d'être belle et riche mais notre ville a un certain rang à tenir, non ? 

Voilà pourquoi, entre ma réalité de scootériste quotidiennement retardé, détourné, empêché et donc passablement irrité et ma conviction d'être privilégié de bosser pour cette Genève si cossue (et si enviée et admirée...  par les autres) mon cœur ne cesse de balancer, une sorte de mouvement perpétuel genre ... montre suisse. 

 

 

NB : Je tiens à m'excuser auprès des enfants qui jouaient angle Charles Galland et François Lefort hier (30/09) vers 16h40. J'ai cru, en effet, avoir roulé sur un gros carton mais en arrivant chez moi à Meyrin, j'ai constaté que le bruit entendu correspondait en fait au moment où les deux roues avant de mon scooter ont proprement aspiré un ballon de volley aux couleurs italiennes… que je tiens donc à la disposition de son propriétaire. 

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24/09/2016

A l'impossible nul n'est tenu !

Ca y est, voilà que la fameuse votation du 9 février 2014 refait parler d'elle. Nous voilà plus que jamais emberlificotés avec cette initiative, aussi démagogique qu’inapplicable, lancée (et gagnée) par un parti populiste-nationaliste décidément bien irresponsable.

Il est vrai, ceci dit, que, comme nous le rappellent continuellement, non sans une fâcheuse arrogance d’ailleurs, les dirigeants UDC et leurs plus virulents supporters; à partir du moment où il s'est prononcé via les urnes, le peuple a toujours raison et il n’y a donc rien à dire ni à redire sur sa décision. Punkt schluss.

Peu importe le sujet, la pertinence ou encore l'applicabilité du texte qui nous est soumis, il suffit qu'une majorité décide de suivre le parti le plus riche du pays dans ses élucubrations démagogiques et nous voilà tous pris au piège. Nos instances politiques n’ayant alors plus d’autre choix que de tenter de traiter sérieusement des initiatives qui ne le sont pas.

Cette votation du 9 février constitue d’ailleurs une démonstration pour le moins spectaculaire du comment "nos" populistes arrivent à prendre la population suisse et ses élus en otage. Nous voici, en effet, coincés par une initiative qui, non seulement va à l'encontre des accords bilatéraux (que notre pays a pourtant librement signé .... après les avoir fait accepter par le peuple) mais qui, en plus, apparaît en l'état et après des mois de palabres, comme réellement inapplicable.

Du pain béni pour l'UDC qui peut alors profiter du trouble créé pour hurler au refus de se plier à la volonté du peuple souverain en n'hésitant pas à jouer les victimes d’un grand complot ourdi, entres autres et dans le désordre, par les partis traditionnels, le patronat, l'Union Européenne (?), la gauche, les élites ou encore les médias à la solde des premiers nommés, bien entendu! Rien que ça !?

Sauf que ce faisant, les populistes participent surtout à dénaturer notre système politique. Nos ancêtres géniaux qui ont pensé et mis en place cette merveilleuse démocratie directe doivent se retourner dans leurs tombes en observant à quel point, aujourd'hui, le fabuleux outil démocratique qu'ils ont mis dans les mains du peuple Suisse est dévoyé par un parti qui a visiblement décidé que son unique crédo consistait à surfer sur les peurs et les humeurs de la population.

Bref ! On n'est pas sorti de la Gasthof !

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